Confidences [Nolan T. Connor]

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Lun 6 Fév - 21:15
Elle se réveilla, seule, avant que son réveil n'ait sonné, pas étonnée qu'il soit déjà parti. Il n'avait pas laissé son numéro ni un quelconque mot, et c'était sans doute mieux ainsi. Si elle se mettait à espérer de revoir la personne, elle ne se reconnaîtrait plus... Des traces de jouissance, voilà ce qui restait, et à peine six heures de sommeil. Quelle idée de ramener ce gars un jour de semaine ! Est-ce qu'elle pouvait pas être organisée comme tout le monde et ne sortir que le weekend ?

Sa chambre était comme dévastée, et dans le salon, les oreillers trônaient sur le sol. Elle gagna la salle-de-bain en se disant qu'elle rangerait le soir en rentrant, tout en sachant au fond d'elle même qu'elle ne le ferait pas. Les seules fois où elle prenait le temps de nettoyer et de remettre en ordre les objets c'était à l'arrivée de ses parents ou d'amis, ou quand ne retrouvait pas ce qu'elle cherchait. Elle se regarda dans le miroir, méchamment cernée, ce qui la fit grincer des dents. Elle ne chercha pas à appliquer de fard, elle n'avait pas le temps. Il lui en restait juste suffisamment pour avaler un copieux petit déjeuner, ça elle y tenait, de quoi être en forme pour la journée.

Elle sortit de chez elle un peu désorientée. Depuis quelques jours, elle ne se portait pas très bien. A vrai dire, elle se sentait seule. A part les gens de son stage, qui voyait-elle vraiment ? La seule personne avec laquelle elle était assez proche, Nolan, ne donnait plus de nouvelle. C'était un état de léthargie, une envie de rester au lit tout une journée, traînasser sans désir particulier. Mais elle n'était pas du genre à s'absenter, surtout pas pour des pacotilles, même quand elle tombait malade, elle se rendait à son stage, comme par une espèce d'automatisme.  Alors, comme tous les matins, elle s'y dirigea avec un petit sourire et un sac difficile à porter.

Au boulot, elle n'arrêta pas de se rendre devant la cafetière qu'elle actionnait, laissant les minutes s’égrainer. Elle prenait son gobelet dans sa main, fixait le café un long moment, parfois jusqu'à ce qu'il refroidisse entièrement, avant de l'approcher de sa bouche. A chaque gorgée, elle avait l'impression de gagner quelques instants de répit, ayant hâte que cette journée se termine. Cette torpeur ne la quittait pas et engourdissait ses membres. Elle était vraiment fatiguée, ce n'était pas de la faiblesse mais autre chose, une certaine amertume.

Comme toujours, elle écouta les agression, subit les colères, hocha la tête face aux réprimandes. C'était la routine. Il fallait qu'ils aient leur mot à dire sur tout. Pourquoi elle n'avait pas demandé à l'auteur de changer le titre ? Comment telle faute d'orthographe ait pu lui échapper ? Comment était-ce possible qu'elle n'ait pas encore fini de lire tel manuscrit ? Ce n'était pas possible... ce n'était pas possible d'avoir engagé une pareille petite sotte !  Étrangement, il se trouvait que plus on s'acharnait au travail, plus on se faisait remarquer, et plus on se faisait engueuler par des plus haut placés que soi qui estiment que le petit morveux que vous êtes doit rester incognito.

La journée de boulot finit, elle quitta les bureaux avec ce sentiment qu'elle n'avait pas été particulièrement utile aujourd'hui. Elle était soulagée de partir mais en même temps, un peu angoissée, ne sachant trop ce qu'elle allait faire de sa soirée. Tout en traversant, elle se demandait si elle réussirait à dormir, une fois chez elle. C'est qu'en arrivant sur le trottoir qu'elle le remarqua, clignant des yeux sans y croire, c'était très bizarre cette venue soudaine.

Elle ne l'avait pas revu depuis quelques mois déjà.  Il y avait eu des appels et des mails auxquels il ne répondit pas. C'était sans doute une connerie de sa part de n'avoir pas insisté, de n'être pas allée frapper chez lui, au lieu de laisser la distance se dresser entre eux, mais elle ne pouvait s'empêcher de se laisser dévorer par sa vie de stagiaire. Oui, son stage, sans doute tout le problème venait de là. Elle s'approcha de lui, le fixant d'un œil curieux, intrigué presque et lui fit la bise.

- Je m'étais inquiétée.


Elle souriait presque en disant cela. Elle réalisait qu'elle n'avait eu qu'une peur, tout ce temps: ne plus le revoir, et maintenant il était là.
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Mer 8 Fév - 18:52


La remise de diplôme était passée depuis quelques mois maintenant, et même si pour toi ça représentait un accomplissement assez important, la suite était loin de ressembler à ce que tu t’étais imaginé. Toi, tu espérais trouver un travail, stable de préférence, un appartement, pas trop miteux, et être en capacité de payer tes besoins personnels tout en continuant d’aider tes parents comme tu l’avais toujours fait pendant tes études. Au début, tu étais plutôt confiant, tu te disais que même si ça te prenait quelques semaines pour trouver quelque chose, ça finirait par venir, c’est pour ça d’ailleurs que tu t’étais autorisé cette petite virée en Australie avec Aria. Parce qu’il t’avait convaincu que tu avais besoin de te reposer, de prendre un peu de recul pour mieux foncer ensuite. Et toi tu y avais cru, et il fallait dire aussi, que t’étais tellement épuisé de ton année passée qu’il aurait été difficile de ne pas te convaincre.

Et pourtant tout portait à croire que tu n’aurais pas dû prendre ce répit.  

Depuis que tu étais rentré, tout était allé très vite. Tu avais dû faire tes bagages et partir de l’appartement étudiant dans lequel tu vivais avec Aria l’année précédente, puisque n’étant plus en études, tu n’y avais plus droit. C’est avec tes maigres économies que tu t’étais trouvé un appartement quelque peu potable, et encore c’était qu’une petite pièce qui regroupait tout ce dont une avais besoin, et une autre salle où tu avais ta douche, un petit évier et un cabinet. Autant dire que tu avais une chambre, c’était un mot plus juste que celui d’appartement pour désigner ce logement. D’ailleurs tu payais certainement trop cher pour ce que c’était, mais tu n’allais pas te plaindre, hein, au moins tu avais un toit sur la tête.
Et puis tu l’avais pris parce que tu espérais pouvoir en changer rapidement après avoir trouvé un emploi. Parce que oui, tu y croyais dur comme fer à ce boulot qui n’attendait que toi, comme si tu pouvais encore croire à ce genre de choses après tout ce que tu as vécu dans ta vie. Ou alors, tu t’accroches plutôt à ça pour ne pas sombrer totalement ? Sauf que même ce rêve en question est en train de lâchement te laisser tomber.

Tu en avais fait, des entretiens d’embauche, et t’avais reçu autant de lettre de « regrets » de la part de ces patrons qui ne pouvaient pas t’embaucher parce que tu ne répondais pas totalement aux critères qu’ils souhaitaient. Surdiplômé ou malchanceux, tu ne savais pas trop où est ce que tu te situais exactement, mais ce qui était sûr c’est que tu n’allais pas pouvoir tenir bien longtemps comme ça. Comme tu n’étais plus considéré comme étudiant, tu n’avais plus cette aide financière que l’état te versait tous les mois, celle qui te permettait de payer le loyer et la bouffe quand tu vivais avec Aria, celle qui te permettait de t’acheter des vêtements de temps en temps… C’est d’ailleurs pour ça que maintenant que le temps commence à se refroidir, tu portes toujours ta petite veste fine qui laisse bien passer les courants d’air comme il faut.

Difficile de dire que tout ça te met en joie. D’ailleurs depuis que vous êtes rentré de vacances, tu as rarement donné de tes nouvelles à tes proches. A tes parents, oui, même si tu mentais sur toute la ligne avec eux pour ne pas les inquiéter et risquer qu’ils souhaitent te donner de l’argent alors que c’est plutôt à toi de leur en donner pour les aider. Tu ne pouvais pas leur dire que t’étais en galère, que t’avais du mal à payer ton loyer et qu’il t’arrivait plus que souvent de manger des yaourts périmés pour dire de ne pas gaspiller la nourriture. Tu ne leur dis pas non plus qu’il t’arrive de sauter des repas, comme le petit déjeuner souvent, et le diner parfois, pour dire de faire des économies. Qu’est-ce qu’ils diraient si tu leur avouais tout ça ? Qu’est-ce qu’ils penseraient de toi, leur fils adoré qui a toujours tout fait pour réussir ? Non, tu ne peux définitivement pas leur avouer.
Pour ce qui est de tes amis, là tu te fais assez discret. Déjà qu’on ne peut pas dire que tu en aies beaucoup des amis, mais c’est à peine si tu prends le temps de répondre aux sms que tu reçois, notamment d’Aria et de Nihel, ta camarade de promo l’année dernière. T’as pas envie de les embêter avec tes histoires, et puis il y a aussi le fait que Nihel ait été prise et pas toi lorsque vous aviez tous les deux postuler pour un stage en maison d’édition. Tu n’y croyais pas trop, et en même temps ce n’était pas trop vers quoi tu voulais te tourner pour travailler… Tu ne peux pas dire que tu lui en aies voulu non plus, t’avais même été plutôt content pour elle sur le moment… C’est après que tu as commencé à broyer du noir et à te dire que t’étais juste un bon à rien, puisque les autres arrivaient à leurs fins et pas toi. Tout ce qui clochait ne pouvait venir que de toi de toute façon, de qui d’autre ?

C’est en regardant le calendrier ce matin-là que tu t’étais rendu compte que presque un mois était passé et que tu allais bientôt devoir verser ton deuxième loyer alors que ton compte frôlait dangereusement le découvert. N’ayant aucune réponse des lettres que tu avais envoyé pour du travail, tu avais passé ta matinée au lycée et ton après-midi à broyer du noir chez toi, comme d’habitude.  Tu ne savais même plus où postuler à force, tellement tu avais tout fait. Tu avais même envoyé deux ou trois CV à certains endroits, pour insister, mais c’était toujours la même réponse qui revenait, ou alors il n’y en avait aucune.

Et t’en pouvais plus d’être aussi mou, d’être desanimé de la sorte, pour ne pas dire carrément sans vie.

C’est sur cette pensée que tu t’étais finalement décidé à sortir. Tu devais prendre l’air, faire le point, décompresser un peu autrement tu allais tout simplement éclater. Alors t’étais sorti, t’avais juste mis ta veste et pris tes clés, et t’étais sorti.
Les mains dans les poches, tu t’étais machinalement rendu en centre-ville, et ce même si ça te donnait encore plus mal au ventre de voir toutes ces personnes sortir du boulot, finir leur journée le sourire aux lèvres.

Et tu sais pas vraiment comment tu t’es retrouvé à attendre ici, mais c’est seulement en entendant sa voix que tu t’étais rendu compte que tu t’étais tout simplement posé devant la maison d’édition où travaillait Nihel. C’est sa voix qui te sort de tes pensées, aussi sombres soient elle, et ton regard se dirige sur elle. Et comme d’habitude c’est un sourire qui se forme sur tes lèvres. Totalement faux, simplement imité des visages heureux des autres.

▬ Inquiétée ? Toi ? Laisse-moi rire !

Le roi des faux semblant, ça pourrait être ton titre. Tu la taquines comme tu as l’habitude de le faire et tu sais que ça passera, qu’elle ne se doutera de rien et qu’elle ne te posera certainement aucunes questions. Et quand bien même elle le ferait, tu mentirais, encore et toujours.  

▬ Je passais par là et j’ai pensé à toi … ça faisait longtemps qu’on s’était pas vu.



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Ven 10 Fév - 22:55
HRP:
 

Ils n'avaient pas le même rapport à l'argent. Ses parents payaient la moitié de son loyer. Elle avait un deux-pièces confortable. Elle n'avait jamais fait de petits boulots et n'était pas pressée de trouver un travail stable. Dans sa vie, l'argent était permanent, ayant toujours reçu plus qu'elle ne demandait. Elle ne se posait même pas la question d'une éventuelle pauvreté, ce n'était pas dans ses calculs. Elle venait d'un certain milieu bourgeois après tout, ou plutôt universitaire. Évidemment, elle n'allait pas participer à des colloques, faire de la recherche comme le souhaitaient ses parents, mais elle ouvrirait bientôt sa petite maison d'édition, ou lancerait une revue... Elle avait le choix, puis ne s'inquiétait absolument pas de l'avenir. Ce stage, c'était sa manière de se faire des contacts, même si ça ne se passait pas vraiment comme prévu. Sans parler de son blog, qui lui permettait de connaître beaucoup de mondes et d'être vraiment au courant de l'actualité culturelle/artistique; au cas où elle se décidait pour la revue, ce n'était pas les sujets qui allaient manquer.

A vrai dire, elle détestait le milieu social dans lequel elle avait baigné, mais en même temps, elle ne le reniait pas totalement. Ça lui ouvrait des portes. Ça lui permettait de ne manquer de rien, ou presque... La misère qui se lisait quand même sur son visage, la couleur foncée de ses pupilles mangeant ses iris lui donnant un air d'extrême perdition avait une autre origine, ce n'était pas un problème d'argent. Elle était ravagée par un mal intérieur, on aurait dû que son esprit sombrait. Cette profonde amertume venait d'un manque d'attention, d'affection depuis l'enfance qui l'avait totalement troublée et déstabilisée.  A certains moments, elle n'était pas simplement triste ; elle désespérait. Elle avait ce visage... d'une personne qui s'apprête à sauter d'un pont.

Elle était comme prostrée, là devant Nolan, elle ne bougeait pas, le regardant fixement, sans se préoccuper du fait qu'il pourrait en être gêné. Elle possédait un corps mince, élancé, jusque là, elle pensait faire quasiment la même taille que lui mais aujourd'hui, il avait l'air beaucoup plus maigre. Elle ne voulait le lui faire remarquer comme ça, d'autant plus qu'il était avare en confidences, mais elle essayait de deviner la cause, où est-ce que ça clochait, persuadée que c'était lié à cette période d'absence où il s'était totalement retiré. Son regard s'arrêta un moment sur sa veste, elle cilla... Avec ses vêtements, souvent elle associait une fringue de marque et une autre de bas prix. Un vieux jean et une chemise classe, par exemple. Aujourd'hui, elle avait opté pour un pull un peu plus grand qu'elle, et par dessus un manteau gris à capuchon. Son jean à l'effet usé et ses rangers lui donnait un air canaille recherché. Autant dire que Nolan, à côté d'elle, avait l'air vraiment misérable... Evidemment, elle ne le détailla pas longtemps, ce fut bref,  mais c'était suffisant pour remuer quelque chose en elle, de l'ordre de l'empathie qu'elle voulait pas montrer, pour pas le froisser, ou laisser paraître une quelconque pitié.

– Bien sûr, j'appelais comme ça, mais au fond je voulais pas te parler, t'imagines bien,
répondit-elle sur le même ton taquin.

Un reproche à peine dissimulé, déguisé sous la forme de l'ironie. C'était peut-être de l'inquiétude exagérée, elle ne savait pas trop...  et elle voulait savoir, justement. Est-ce qu'elle avait raison de se faire du souci pour lui ou pas ? Elle aurait pu se lancer dans une discussion bête et naïve, déconner comme le font souvent les vieux amis, au lieu de quoi : elle ressassait en silence  ses inquiétudes. Pourquoi  ce n'était plus pareil, alors qu'il n'y a pas si longtemps, ils se racontaient tout. Elle avait envie de retrouver à nouveau cette légère insouciance qu'ils partageaient avant et qui avait l'air aujourd'hui inatteignable, au point ils n'arrivaient même pas à se voir … Bien sûr que ça faisait longtemps qu'ils ne s'était pas vus. La faute à qui ?! Elle fit taire cette sourde montée de colère par un hochement de tête.

–  Depuis que ce tu es rentré de vacances.

Au fond, elle trouvait attendrissant de le voir se forcer à sourire, infiniment émouvant.... Elle commençait tout de même un peu à le connaître.... elle devinait un sourire de façade. Quelque chose en lui était loin, très loin. Peut-être qu'elle prenait les choses un peu trop à cœur, mais le fait de le trouver là, devant son lieu de travail, avait une signification pour elle.  Un appel au secours. Bien sûr, il se justifiait en disant qu'il passait simplement par là, mais Nihel avait du mal à le croire.

– On fait un bout de chemin ensemble, tu veux?

Le ton était un peu grave, solennel. Face à une autre personne, elle se serait contentée de dire « Merci d'être passé par là, d'avoir pensé à moi » et elle serait sauvée après un petit échange cordial. Elle était de celles qui s’échappaient d'une minute à l'autre, à la fois aimable et farouche. Mais avec Nolan, elle devenait plus attentive, elle voulait le retenir. Elle espérait même parler plus sérieusement avec lui, sans être brusque.

– Je vais juste m'arrêter à l'épicerie du coin. Il me reste du poisson dans le congel' mais ça me donne pas envie...

Et elle lui demanda, au cas où il n'aurait pas encore compris...

– T'as prévu quoi pour ce soir ?
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Mer 15 Fév - 14:01

Nihel, c’est certainement l’une des rares personnes que tu peux considérer comme étant une amie. Elle a su se faire une place à tes côtés, chose que peu de gens savent ou réussissent à faire, tout simplement parce que tu n’es pas très réceptif, comme garçon, un peu solitaire, aussi. Pour toi, avoir des amis c’est estimer être en capacité de leur raconter tes joies comme tes peines, et en retour écouter les leurs. Ecoutez, tu sais faire, mais raconter, c’est plus difficile. Tu n’aimes pas raconter ta vie, tes problèmes, tout ça, c’est pour ça que le plus souvent tu restes seul dans ton coin. Forcément, tu fais un bon confident, on peut te raconter tout et n’importe quoi, tu vas écouter, tu vas même conseiller parfois, mais ce n’est pas un échange réciproque. Tu ne veux pas raconter ta vie, tu ne veux pas éveiller chez les gens cette pitié, pour ne pas dire cette honte, quand tu leur diras que non ça ne va pas, non tu ne t’en sors pas, oui tu as des problèmes, et pas que des petits… Tu préfères largement qu’ils te voient comme quelqu’un d’insaisissable, plutôt que comme quelqu’un de faible.
Alors est ce que tu pouvais réellement considérer Nihel comme une amie ? Tu ne savais pas vraiment. Tu aimerais bien, parce que dans le fond elle est adorable, elle a de la discussion et elle ne te traite pas différemment. Avec elle, tu t’es un peu ouvert, juste un peu. Elle sait que tu as tes parents, qui vivent à la périphérie de Londres, elle sait aussi que tu as des cadets, des jumeaux, et que tu les aimes de tout ton cœur. Mais elle ne connait que la surface, que la face visible de l’iceberg si on peut dire ça comme ça. Tu ne lui as pas dit que ton père passait plus de temps à l’hôpital qu’à la maison. Tu ne lui as pas dit que ta mère avait arrêté de travailler pour s’occuper de lui et des jumeaux aussi. Tu ne lui disais pas non plus qu’une partie de ton salaire, une grosse partie, partait dans le porte-monnaie de tes parents pour qu’ils ne s’effondrent pas dans le rouge tous les mois à cause des frais d’hôpitaux. Tu ne lui dis pas que tu crains que ton père n’en ait plus pour longtemps à vivre. Tu ne lui dis pas que tu ne sais pas comment accueillir la chose.

En réalité, est ce que tu lui dis vraiment quelque chose sur toi ?

Elle sait que tu travailles à mi-temps au lycée. Elle sait des choses banales, de toute évidence. Mais la porte de ta vie privée est encore bien fermée à double tour. La seule chose un peu osée que tu as pu lui confier ces derniers temps, c’est que t’étais plus attiré par les hommes que par les femmes, et c’est vraiment pas grand-chose comme nouvelle.

Sous tes airs de faux semblants, tu lui parles tout de même bien tranquillement, toujours ce même sourire aux lèvres. Et elle te répond franchement. Tu pouffes légèrement de rire avant de faire une petite moue.

▬ Je suis désolé de ne pas t’avoir accordé beaucoup de temps. Je vais me rattraper ?

Te rattraper ? Et comment ? Tu ne sais déjà pas comment tu vas réellement t’en sortir ce mois-ci, alors si en plus tu dois accorder du temps à quelqu’un d’autre que toi-même ? Tu es définitivement trop gentil. Mais dans le fond, Nihel le mérite, ce temps que tu vas lui accorder dans les jours à venir, puisqu’elle fait partie du peu de personnes à s’inquiéter réellement pour toi. Même si elle ne le dit pas, tu le sais. Tu te voiles juste la face et tu espères atténuer ses craintes en ne lui disant rien. Sauf que tu as faux sur toute la ligne. Ça n’a jamais rassuré personne de ne pas parler de ses problèmes. Ça créé juste une barrière, barrière qui finira par devenir infranchissable si personne ne fait rien.

▬ C’est vrai, j’ai pas eu beaucoup de temps depuis que je suis rentré d’Australie avec Aria… Tu sais, la recherche de boulot, tout ça…

C’est une moue gênée qui se dessine sur ton visage maintenant, et tu baisses les yeux quelques secondes avant de les reposer face à ceux de ta jeune amie quand elle te propose de faire un bout de chemin avec elle. Chose que tu n’allais pas refuser, forcément.

▬ Je te suis.

Tu lui emboites le pas, tes mains toujours dans les poches. S’il y a bien quelque chose qu’on ne peut pas te reprocher, c’est de toujours être accroché à ton téléphone. Toi qui n’es pas spécialement attiré par toutes les nouvelles technologies, tu pourrais être quelqu’un qui a de la discussion, qui parle plutôt que de regarder son écran, mais non, même sans téléphone dans les mains, tu restes silencieux, à te demander ce que tu pourrais dire pour ne pas laisser le silence s’éterniser… Mais tu ne trouves jamais quoi que ce soit d’intéressant à dire. Certainement parce que tu as en quelques sortes trop peur que ça devienne trop personnel, et que tu sois obligé de parler de toi plus en profondeur, que tu te retrouves bloqué, sans issues possibles… Alors tu préfères ne rien dire.

Tu tournes la tête vers elle quand elle te parle de s’arrêter à l’épicerie et tu opines légèrement pour donner ton accord. Toi ça ne te dérange pas, de toute manière tu ne comptais pas rentrer tout de suite. Tu ne voulais pas te retrouver encore enfermé chez toi jusqu’à demain que tu retournes au boulot. Alors tout était bon pour te balader un peu.
A sa question sur ce que tu prévoyais de faire ce soir, tu paru certainement un peu étonné par la question. Tu ne t’attendais pas à ce qu’elle te demande ça, tu n’avais donc pas de réponse toute faite à lui donner à part celle de lui dire que tu n’avais rien de prévu, que tu allais certainement rentrer pour t’ennuyer comme un rat mort dans ton petit appartement miteux. D’ailleurs elle n’a jamais visité ton nouvel appartement, et tu pries pour qu’elle ne te le demande pas. C’est clairement pas quelque chose que t’as envie de montrer, ni à Nihel, ni à Aria, ni à ta famille.

▬ Oh euh… Tu sais en ce moment j’ai un peu la flemme pour occuper mes soirées… Je vais certainement rentrer et lire un bouquin.

Tu hausses légèrement les épaules, regardant de nouveau droit devant toi. Tu as bien compris qu’elle voulait que tu restes dîner avec elle ce soir, mais t’étais pas certain de pouvoir le faire. Enfin, à tous les coups elle n’allait pas te laisser le choix, alors tu ne t’apprêtais pas vraiment à refuser. Tu espérais juste que la soirée se passerait calmement, que tu allais juste pouvoir lui raconter tes vacances par exemple, et ne pas partir dans des détails superflus à tes yeux.

▬ Ça se passe bien ton stage, alors ?

Tu poses la question en premier, parce que comme d’habitude tu préfères qu’elle te parle d’elle, plutôt que t’obliger à parler de toi. Et ça fonctionne avec la plupart des personnes. Alors tu tentes le coup.



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Lun 20 Fév - 21:17
L’épicerie était à deux pas de chez elle, ils se dirigeant donc irréversiblement vers son appartement, histoire de revivre une de ces soirées qu’ils s’offraient par moments autrefois: bouffe, alcool et bonne humeur. Elle rit, un peu nerveusement, à ses dires, bien sûr qu’il allait se rattraper… elle comptait sur lui pour ça. Quant à la recherche de boulot, elle se contenta d’acquiescer, n’osant pas encore ouvrir le sujet... Les rues de Londres n’en finissaient pas de la ravir. Son nez rougi par le froid respirait un air frais. Il n’y avait pas foule mais le peu de gens qu’elle voyait passer grelottaient à cause du petit vent glacial qui s’engouffrait dans les manches des habits. Elle aimait ce froid, l’hiver lui donnait l’impression féroce d’exister, tout de même elle s'inquiétait pour Nolan avec sa veste légère qui ne réchauffait pas.
 
Elle n’arrivait pas à regarder devant elle, à de nombreuses reprises, ses yeux se focalisèrent sur lui, ça n’avait pas l’air louche, après tout ça voulait dire qu’elle lui prêtait attention quand il parlait, qu’elle était attentive… mais en réalité, elle était comme aux aguets, essayant de flairer quelque chose chez lui d’irrémédiable. Et puis voilà, la question qu’elle craignait tomba, son stage… cela impliquait de lui retourner la question, donc parler de sujets qui fâchent. Après quelques instants d'hésitations, elle décida qu'elle n’allait pas rentrer dans son jeu, celui des faux-semblants ; elle lui imposa l’attaque.

– Tu sais quoi... je suis tentée de jouer à mon tour la faux-cul, comme tu le fais si bien en me faisant croire que tout va bien, car excuse-moi de te dire ça, c’est parfaitement le comportement que tu adoptes.


Une  ironie affreuse dans la voix, un cynisme subtil, elle avait parfois de l’insolence mais c’était sans intention de nuire. Elle savait qu’elle n’était pas brillante la vie de Nolan, comme si elle se retirait de lui, qu’elle était même éprouvante, mais c’était pour ça justement qu’elle avait du mal à supporter ce consentement à l’idée d’avoir trouvé son personnage, qu'elle lui tendait la main, si fortement, mais il n'arrivait pas à la voir cette main invisible... Et puis, le voir enfoncer ses mains dans ses poches l’exacerbait, comme s’il cherchait par là à se cantonner davantage sur lui-même, s’effacer… du moins, c’est comme ça qu’elle voyait ça. Nihel était une battante, c'est pour ça qu'elle n'admettait pas cela. En même temps, elle avait eu une vie si facile... Elle ne pouvait pas se mettre à sa place, mais elle l’aimait ce garçon misérable et efflanqué, comme on aimait un frère.

Elle ajouta sobrement:

– On est arrivés.
Elle rentra dans l’épicerie en lui demandant d’attendre, elle voulait lui éviter d’avoir à se sentir obligé de payer avec elle. Elle en ressortit avec deux pizza et des canettes de bière, et en prime un sourire aux lèvres:

– Alors ?
Cet « alors » voulait tout dire…. Est-ce que tu rentres ou pas ? Est-ce que tu vas enfin accepter de baisser ta garde et me parler sérieusement ? Alors… qu’est-ce qu’on fait de notre foutue amitié ?

Elle pensa soudain à son appartement qu’elle n’avait même ranger. Tous ces objets qui traînaient et qu’elle avait regardé avec ennui ce matin avant de sortir, incapable de faire le moindre le genre, de prendre quelque chose pour le remettre à sa place, et puis, l’écran de la télé qui était resté allumé… évidemment, ça n’allait pas la faire changer d’avis, elle n’avait rien à cacher.
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