Laël || Celui qui brille calmement dans l'obscurité...

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Professeur de Philologie
Date d'inscription : 14/02/2016
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Age (du personnage) : 32 ans.
Orientation sexuelle : ... Il est déjà fiancé.
Etudes/Métier : Représentant littéraire.
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Dim 14 Fév - 19:25


⌊ SMITH – Laël ⌉


Thème musical ∠ -- Par ici... ~ --
Nom ∠ -- Smith --
Prénoms ∠ -- Laël Hiu-Ming Noctaru Lyunn --
Âge ∠ -- 32 ans --
Sexe ∠ -- Homme. --
Nationalité ∠ -- Anglaise et chinoise --
Orientation sexuelle ∠ -- Bisexuelle. --
Situation amoureuse ∠ -- Fiancé. --
Groupe ∠ -- Il fait partie de la secte du Personnel. --
Métier ∠ -- Représentant de la filière littéraire, professeur de philologie, de grec ancien et de latin. Il est également philologue. --
Option ∠ -- J'connais pas. --
Avatar ∠ -- Wanijima Akito/Agito/Lind -- -- Air Gear --




« Never to touch and never to keep. »


La finesse me caractérise, la délicatesse me complète. Cela se voit dans les traits de mon visage, dans mes doigts aussi. Mes muscles sont marqués mais même eux sont fins. Je mesure un mètre soixante-dix-sept pour soixante neuf kilogrammes. Ma corpulence est, de manière générale, musclée, fine et élancée.

Que demander de plus... ?

Je ne regarde jamais ce que je me mets sur le dos. C'est stupide. Je ne m'habille avec des vêtements que pour éviter d'être accusé d'attenter à la pudeur d'autrui et pour lui montrer mon respect. Je me fiche de ce que je porte, sinon. J'avoue que j'ai des couleurs de prédilection comme le noir, le orange ( orange comme le fruit ), le blanc et le jaune ( semblable aux tournesols de Van Gogh ). Mes vêtements sont toujours imprégnés d'un parfum au gingembre et au poivre blanc, qui me vient des Pyrénées. L'odeur est plus agréable qu'elle n'y paraît.

Que demander de plus... ?

Je ne me déplace qu'en rollers, les chaussures sont pour moi des étrangères. Il est vrai que j'en garde toujours une paire dans mon sac ( pour certains lieux refusant le port des rollers – les big centres commerciaux en somme, mais ça tombe bien je n'y mets jamais les roues – ) ; je ne les mets toutefois que si j'y suis littéralement obligé. ... Sans rollers, ma démarche est silencieuse, posée mais, surtout, très lente. Il m'arrive de laisser mon pied en l'air parce que j'oublie que je ne suis pas sur mes rollers. J'essaie toujours de me mettre dans des situations où je n'ai pas à les enlever tant je les chéris.

Que demander de plus... ?

Mes cheveux sont courts, à la limite du mi-long peut-être, et sont naturellement noirs. Un noir légèrement cendré qui donne l'impression d'être poudré d'une touche de bleu nuit grâce aux effets solaires. J'ai fait une teinture permanente, que j'entretiens depuis mes onze ans, en bleu nuit, et je ne suis plus revenu vers ma couleur naturelle depuis. C'est très lourd de significations pour moi. Évidemment que mes parents m'avaient regardé de travers quand j'avais pris ma décision, mais ils m'ont compris.

Que demander de plus... ?

Ma peau est rose pâle, toujours parfumée d'une senteur de shisei ( une fleur asiatique au parfum doux et agréable ) qui vient de ma crème hydratante. Aurais-je oublié quelque chose... Ah oui, évidemment. Mes yeux. Un bandana blanc cache toujours mon œil gauche, qui est d'un bleu ciel excessivement clair, comme si un nuage a pris l'âme de l'azur originel qui s'y trouvait. La couleur de mes yeux est constamment cachée par des lentilles de couleur. Il s'agit d'une lentille qui me donne des yeux de chat jaunes ( et non, je ne vois pas la vie en jaune ). C'est aussi lourd de sens.

... Que demander de plus... ?





« Same old empty feeling in your heart... »



Flegmatique. Je ne m'emporte jamais. Je reste toujours d'un étonnant calme paisible, à l'instar d'une mer tranquille et plate qui ne ploie pas sous le vent ou les ouragans. C'est pour cela que je suis flegmatique. Cela étant, j'ai tout de même une façon d'exprimer des sentiments ou des émotions intenses, même si cela est amené par des gestes ou des actes qui passent souvent inaperçus aux yeux de beaucoup. Flegmatique signifie simplement que mes réactions ne sont jamais disproportionnées et que je sais préserver mon énergie, pas que je suis insensible ou inexpressif.

Exemple:
 


***

Réaliste. Un con est un con, une personne qui donne sans rien attendre en retour est une personne généreuse. Je nomme les choses, les personnes, les personnalités, et cætera, par ce qu'elles sont. Ce n'est pas de la franchise, juste un soucis de précision et d'employer le bon mot ou la bonne expression. Cela ne signifie pas que je suis pessimiste ou indélicat, simplement que je connais les vertus du silence comme celles de la parole et que je sais nommer un chat un chat. Ni plus ni moins.

Exemple:
 

***

Passionné. J'apprends très vite, je comprends très vite, mais tout cela à la seule condition que le domaine étudié me passionne, au sens littéral du terme. Cela doit me transporter, inlassablement, et m'emmener dans des contrées inexplorées ou seulement survolées. Cela doit me blesser quand je ne comprends pas ou que je ne sais pas, de sorte que ma curiosité est toujours tenue en éveil. Le problème avec ce genre de passion, associée à mon intelligence synthétique, analytique et synesthésique, est que je suis en perpétuelle recherche d'inconnu... quitte à me mettre dans des situations où ma vie ne tient plus qu'à un fil entamé. Ce n'est pas de la témérité, seulement une passion très forte si elle est éveillée et constamment alimentée de découvertes.

Exemple I:
 

Exemple II:
 

***

Exigeant. J'estime que seuls ceux qui s'intéressent vraiment à un domaine ont le droit d'en connaître l'étendue et l'essence. J'ai beau connaître vraiment un vaste panel de domaines, en particulier lorsque ça touche aux langues ( anciennes et modernes ), à la littérature, aux calculs mentaux ou encore à l'art et l'archéologie, ce n'est pas pour autant que je vais étaler l'étendue de mon savoir. Ce n'est ni de la fierté, ni de la modestie ou de la fausse-modestie, ni je-ne-sais-quoi lié à un quelconque sentiment de supériorité ou d'infériorité, c'est de l'exigence à l'état pur. Je ne dévoile pas mes connaissances au premier venu s'il n'est pas intéressé par ce que je sais. Point final.

Exemple:
 

***

Angélique. Contrairement à ce que mes airs froids ( qui correspondent en réalité à mes airs rêveurs ) ou ma fermeté laissent penser, j'ai une excellente écoute qui est dépourvue de jugements. Si on me demande des conseils, et ce quelque soit le sujet, je répondrais toujours présent pour aider la personne en difficulté ( que je la connaisse ou non ne rentre pas en ligne de compte ). On m'a également répété que j'étais un homme plein de bonté, alors que la vérité est tout autre. Quand je donne quelque chose, matériel ou non, je donne pour donner et non pour recevoir en retour. Donner, sans compter dans la mesure du possible, est l'une de mes politiques... et cela se nomme générosité. Tout cela ne signifie pas que je vais ployer à la moindre brise ; c'est d'ailleurs le contraire.

Exemple:
 






« Dreams came fast and they go so slow... »



Chapitre I : Naissance et enfance.

UK, Londres ( Brixton )
- Vendredi, 21 septembre 1984, 03:21.

Sa mère est porteuse d'une déficience génétique, au niveau des bâtonnets, qui fait que l’œil capte et supporte excessivement peu de lumière. Elle n'en souffre pas, mais par les miracles de la génétique, son enfant allait également porter ce gène... et en subir les conséquences. Les échographies ont été claires à ce sujet. Son père a alors contacté sans hésiter son vieil ami, Joe Illarion, qui est ophtalmologue.

Sa mère n'en était qu'à son sixième mois de grossesse. Elle continuait de travailler mais elle a catégoriquement refusé de voyager. Elle œuvrait avec un vaste panel de musées à Londres et aux alentours. Arrivée à son huitième mois de grossesse, elle a rendu les armes et s'est pleinement consacrée à s'occuper de la venue prochaine de son bébé. Elle voulait l'immerger dans les langues et les arts même s'il était toujours dans son ventre, aussi elle s'est mise à jouer de la harpe en récitant des chants grecs très tôt. Son père, lui, a continué de travailler. Il a cependant réduit ses heures de travail au minimum.

Sa mère a fini par se rendre à la clinique de Brixton en compagnie de toute la famille et du fameux Joe Illarion. Elle a refusé la péridurale ainsi que la nourriture de l'hôpital. Le 21 septembre, à trois heures vingt-et-unes minutes et quarante sept secondes, le petit Laël est né. À cause d'une leucocorie de l’œil gauche et d'un fort risque de rétinoblastome, il a dû être opéré quelques minutes après sa naissance. Il avait bien un rétinoblastome qui s'attaquait aux bâtonnets de son œil gauche. Joe a assisté à l'opération et il est devenu l'ophtalmologue de Laël depuis cet instant. Il a fallu trois ans avant d'écarter une importante menace de métastase vers l’œil droit et le cerveau, de sarcome osseux et de glaucome néovasculaire pour les plus graves complications. Durant les trois premières années de vie du petit, il a dû subir des ophtalmoscopies indirectes et des photographies du fond de l’œil gauche.

En raison de tout cela, Laël a eu un suivi hebdomadaire jusqu'à ses huit ans. Mais revenons à sa naissance... Laël n'a été rendu à ses parents que deux jours plus tard. La première chose que le bébé a fait en les voyant a été d'entourer le cou de sa mère de ses petits bras et de s'endormir sec sans plus de forme de procès. Ses parents ont commencé, dès le début, à lui parler dans huit langues. Latin, ionien-attique ( grec ancien enseigné au lycée et en université ), gansu, indonésien, iranien, anglais, avestique, slavon russe ( ancêtre du russe ).

Un mois et demi plus tard, ils ont pu sortir de la clinique et s'installer enfin dans leur cocon familial. De nombreuses personnes de toutes origines sont passées par ce cocon, ce qui a bercé Laël au milieu d'un foisonnement de langues très variées. À deux ans, il savait déjà marcher tout seul. Le petit n'a jamais pleuré, se repliant dans son coin ou faisant une petite moue vexée quand il ne comprenait pas ce qu'on lui disait. La première phrase qu'il a dite, en avestique s'il vous plaît, a été « Papa, écris ? » à ses deux ans et quelques mois. Laël tendait un stylo ou un crayon à son père en disant ça. Cette manie s'est généralisée à toutes les personnes qui lui parlaient dans sa maison.

Ses parents avaient beau le qualifier de bébé et d'enfant très calme, il y a quand même une chose à souligner. Tous les enfants passent par de petits caprices... même si Laël, lui, n'en a fait que deux. Il avait trois ans. Le premier était d'avoir des chaussons qui avaient des roues en mousse sous les pieds et, de fil en aiguille... ça a été d'avoir des rollers. À partir du moment où il a eu ses rollers, il a passé énormément de temps en refusant catégoriquement de se les enlever des pieds. Évidemment, il a bien fallu qu'il le fasse quand il se douchait ou quand il dormait.

Quant à ses yeux... Son ophtalmologue a préféré les protéger et les préserver avec des lentilles de couleur magenta, qui bloquent les ondes vertes et bleues. Cela faisait parti du traitement préventif post-rétinoblastome que Joe lui faisait subir. Laël n'aimait pas du tout ces lentilles, parce qu'il ne voyait plus un vaste panel de couleurs ; c'était une des raisons de son isolement ou de sa petite moue quand Joe venait vers lui. À cause de ces lentilles, le soir il éteignait toutes les lumières, fermait les volets qui donnaient sur des lampadaires, et il les enlevait.* Son amour pour la nuit et les couleurs pures et vraies qu'il y voyait vient de ce moment-là.

* Notez que ses parents l'aidaient pour fermer les volets et enlever ses lentilles, un sale gosse de deux ans reste un sale gosse de deux ans.

***

Pérou, Aguas Calientes ( Hiram Bingham )
- Dimanche, 1 mai 1988, 13:58.

Le bus est en train de quitter le village Aguas Calientes et commence à emprunter le Hiram Bingham à treize heures cinquante huit minutes, avec deux minutes d'avance. Je regarde l'emploi du temps des langues que nous avons élaboré cette semaine, que j'ai écrit sur mon petit carnet. Le bus qui nous amène à Machu Picchu commence à s'aventurer sur des routes tortueuses mais je ne prête pas attention à ça. Bougeant lentement mes jambes dans le vide, faisant rouler mes rollers sur le sol du bus quand je le peux, je vérifie pour la énième fois l'emploi du temps. Ce matin j'ai parlé espagnol, au repas de midi en gansu, cet après-midi je dois parler en iranien ( sauf au goûter ou je dois laisser place en latin ), au repas du soir ce sera le tour du grec, et jusqu'à l'heure de se coucher ce sera l'indonésien. C'est l'emploi du temps d'aujourd'hui. Ma mâchoire se décroche lentement pour bâiller.

Je jette mon œil droit par la fenêtre et ma vision accroche soudainement ce que je vois. Les couleurs sont féeriques, même si je sais que mes lentilles bloquent cette magie. Nous avons le droit à un petit éclairci du soleil, il ne pleut pas encore. Mon grand-oncle m'a expliqué que les écoulements de boue sont fréquents sur ces routes. J'aimerai bien en voir un, mais apparemment ma famille n'est pas d'accord. Une autre fois alors, rien ne presse. Je pose une main sur mon oeil gauche et j'expire nonchalamment. J'ai hâte de voir le site de Machu Picchu. J'ai envie de voir la pluie et les écoulements de boue, je suis sûr que c'est aussi très beau.

- Fais bien attention à ce que tu vas voir, Laël. Ce sera une occasion de t'apprendre l'inca., me dit mon père en avestique.

Je me contente d'hocher la tête sans rien répondre pour l'instant. Mon père sourit devant mon air très concentré et, après une réflexion qui a duré une ou deux minutes, je réponds en iranien :

- D'accord. C'est toi ou maman qui m'apprendra ?
- Je t'apprendrai. Ce ne sont pas les balbutiements de ton père qui vont t'aider en premier lieu., me répond ma mère en hébreu en regardant malicieusement mon père.

Je sors un livre sur la civilisation inca et je me faufile en me cramponant aux sièges jusqu'à oncle Rasheed et je lui tends mon livre. Je lui demande alors en iranien s'il peut me le lire et je m'installe sur ses genoux. Je ne lis pas encore bien l'iranien et mes yeux se plissent quand il lit. Je lui demande parfois de répéter un son et je le fais moi-même en suivant. Tonton Rashee me corrige jusqu'à ce que je prononce correctement un mot ou une phrase et reprend ensuite la lecture. L'heure de bus passe ainsi et arrivés non loin du site, on doit s'abriter en vitesse dans un refuge ; une forte pluie nous est tombé dessus et de toutes façons le bus ne peut pas aller plus loin depuis cinq ans à cause de l'UNESCO.

La radio nous indique qu'il y a des glissements de terrains et c'est papa qui m'explique qu'il s'agit, entre autres, des fameux écoulements de boue provoqués par la forte pluie. Je me dirige naturellement vers la porte, avec la ferme intention d'aller voir. C'est ma mère qui me retient en faisant « non » de la tête. Je ne réagis pas et me contente de plisser un peu les yeux.

- Pourquoi ?
- Je ne veux que tu sois en danger, Laël. Les glissements de terrains sont dangereux.
- Laël, où sont tes chaussures ?
- Dans le sac de tante Deena mais je ne veux pas les mettre. Pourquoi je ne pourrais pas y aller ?

Ma mère arque un sourcil pour me montrer l'évidence de la situation. Avec la pluie et la boue, je risque de casser les roues de mes rollers. Je fais une petite moue avant de lâcher la poignée de la porte. Dangereux pour moi et pour mes rollers. D'accord. Je recule de la porte pour rouler lentement vers la fenêtre. La pluie est magnifique à regarder. Un sourire en coin se forme sur les commissures de mes lèvres et je pose ma main sur le verre transparent. Forte pluie, très forte même.

Un jour je serai aussi fort et tenace qu'elle.
Mais pas aussi dangereux.
Ça je veux pas.

À seize heures, juste après avoir pris le goûter, nous pouvons enfin sortir. Mon père a un soupir amusé devant mon refus de mettre mes chaussures. Je me contente de les regarder, de les prendre, et de demander à tante Deena si elle ne veut pas les garder un peu plus longtemps. Si j'ai demandé à mes parents de m'acheter des rollers, ce n'est pas pour les mettre seulement tous les cinquante-dix du mois.* Il finit par me prendre dans ses bras le temps de parcourir les chemins boueux. Arrivés au Machu Picchu, et une fois posé au sol fait de pierres, ma famille me regarde rouler un peu devant eux puis m'accroupir.

C'est magnifique. L'agencement des pierres est magnifique. J'entoure mes jambes de mes bras et je reste ainsi pendant, d'après oncle Michael, une quinzaine de minutes. Puis je me lève et me tourne vers eux avec des étoiles dans les yeux, même si mon visage est calme. Ma mère saisit doucement ma main quand les descentes sont trop fortes, même si j'arrive à en faire certaines sans elle. Je dois savoir me débrouiller seul, quand même. Quand il y a des inscriptions à déchiffrer en inca, et vu que maman m'apprend la langue et m'explique posément ce que je dois comprendre, je me cramponne à sa jambe tout en gravant ce que je vois et ce que j'entends dans ma mémoire.

Une fois que j'ai compris et retenu, je hoche la tête. Avec les gros nuages au-dessus de nous, je finis par prendre ma boîte de lentilles vide et mettre mes lentilles dedans. Et je refais le tour du site alors qu'il est déjà sept heures moins le quart. Quand mon père me retrouve quarante-cinq minutes plus tard en train de poser ma main sur de la pierre, son regard amusé me fait ressortir la boîte et remettre les lentilles avec une petite moue. Il sait que je n'aime pas ces lentilles, pourtant.

- C'est encore nécessaire, mon ange. Bientôt, tu pourras les enlever.

Je tourne les yeux vers le mur en pierre sans rien dire, puis je tends mes bras vers mon père pour qu'on reparte à l'arrêt de bus. Les chemins de terre sont toujours boueux. J'ai bien compris que les lentilles sont nécessaires mais je les aime pas. Le soir même, papa appelle Joe Illarion, mon ophtalmologue, pour avoir son avis. Je peux commencer à mettre des lentilles qui bloquent moins les ondes vertes et bleues à la seule condition que je commence à mettre le fameux bandana blanc, qui filtre la lumière, sur mon œil gauche et qu'il n'y bouge sous aucun prétexte. En régressant ainsi, je devrais pouvoir ne plus mettre de lentilles dans deux semaines. Je regarde mon père en tendant ma main vers son portable. Je souffle un « merci » à Joe, puis à mon père.

Nous avons passé un mois ici. J'ai même pu voir le site de Machu Picchu sous la lumière et sans mes lentilles, même si après ça j'ai eu mal aux yeux pendant deux jours, surtout l’œil gauche vu que je n'avais pas mis le bandana. Je ne l'ai évidemment pas dit, mes parents s'en sont rendus compte seuls. Le trentième jour, nous sommes évacués du site avec des hélicoptères à cause d'un trop fort glissement de terrain. Je vois le tout d'en haut, les écoulements de boue et la pluie forte et dangereuse. C'est beau.

Cuzco est la prochaine étape.

* Expression javanaise qui est comme notre « trente-six du mois », mais vous rajoutez à cela la notion de « ne pas vouloir jeter l'argent qui en plus ne nous appartient pas par les fenêtres ». Une notion de « garder son honneur » est sous-jacente, et tant dans la culture arabe qu'asiatique ( plus asiatique pour Laël ), préserver son honneur et celui de sa famille, avec tout ce que cela sous-entend, est primordial. Il faut aussi prendre en compte les chiffres « cinquante » et « dix », qui sont très importants dans les superstitions javanaises.

***

France, Toulouse ( les Izards )
- Mercredi, 28 juin 1989, 11:58.

Je me tiens bien aux rambardes et je monte l'escalier sans bruit avec mes rollers, sous le regard mitigé de tante Ary qui ne comprend pas ma réaction. Elle m'appelle une ou deux fois, mais devant mon absence de réponse elle finit par me laisser tranquille. Une fois sur les dernières marches, je regarde les rambardes qui entourent le trou de l'escalier. Ces rambardes ont été faites de façon à ce qu'on puisse y insérer des livres. Je m'empare d'un livre qui regroupe tous les poèmes et les lettres d'Arthur Rimbaud et j'ouvre la première porte à droite après l'escalier. Le bois de la porte est un peu rosé, c'est beau je trouve. Je vais dans mon lit et je commence à lire.

En lisant le poème « Voyelles », je me lève et je m'assois à mon bureau. Je fouille dans le tiroir face à moi jusqu'à trouver des anciens traités de phonétique et de phonologie pour le thaïlandais, le français et le russe. Avec un dictionnaire pour les trois langues. Je reste ainsi enfermé dans ma chambre des heures durant, très concentré à prononcer les sons, lettres, syllabes, mots et phrases correctement. C'est oncle Gen qui se poste à côté de moi et qui corrige la moindre de mes erreurs. À l'heure du dîner, je ne lâche pas un mot. Seulement à la fin pour les remercier de ce repas aux langues foisonnantes comme toujours, et aussi pour demander si je peux sortir de table. Une fois la permission accordée, je regarde oncle Gen qui me suit en souriant.

Je reprends mes exercices, mais cette fois oncle Gen me fait prononcer l'arabe et le malay, pour que je ne perde pas mes connaissances actuelles. Nous continuons ainsi deux jours durant. C'est le mercredi 28 juin que, après avoir fini mes exercices, je descends pour aller parler avec tante Ary. Je m'excuse à la fin et elle sourit, me disant que ce n'est pas grave. Je ne réagis pas mais je ne suis pas d'accord. Je vais voir mon père ensuite et je lui tire la manche.

- Papa... ?
- Oui mon ange ?
- C'est vrai que la voyelle U symbolise, entre autre, la paix des rides que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ?

Mon père sourit et s'empare de l'intégrale de Rimbaud que j'ai sous le bras. Une fois qu'il a trouvé le poème « Voyelles », il me demande ce que je comprends. Un pli de concentration apparaît sur mon front et je remonte pour aller chercher un dictionnaire français – chinois. Ceci fait, je redescends en cherchant les mots que je ne comprends pas très bien, ou pour vérifier le sens de certains. Je parle jusqu'à midi moins le quart avec papa de ce poème, puis je mets la table. Suivant le planning, je parle en ionien-attique. Quand je me mets à parler une fois installés à table, ma mère a un sourire amusé.

- Tiens, le petit ange a délié sa langue ?
- Oui.
- Tu nous expliques... ?

Je fais une petite moue. J'ai un peu honte de ma réaction, maintenant, mais c'est en regardant oncle Gen et en repensant à tous les exercices que j'ai fait que je me dis que ma honte est peut-être déplacée. Je me gratte un peu le front et je dis d'une voix posée mais petite et penaude.

- J'ai confondu le français et le russe, et quand j'ai voulu parler en thaïlandais, ma prononciation n'était pas bonne. C'est gênant. En plus, j'ai manqué de respect à trois langues. Et c'est pas bien de manquer de respect aux langues.

Tante Ary effleure ma joue de ses doigts et embrasse mon front. Ma petite moue disparaît pour redevenir mon expression calme de toujours. Oncle Gen pose sa main sur ma tête.

- Et pourtant tu as bien agi, Laël. Peut-être que tu n'aurais pas dû t'enfermer et t'isoler ainsi pendant deux jours, mais au moins tu as bien fait le point non... ?, il dit en coréen.
- ... Tu sais, Laël, quand tu apprends beaucoup de langues, et même quand tu les connais très bien, si tu en connais beaucoup tu en confondras toujours certaines. Et ce n'est pas un mal., ajoute mon père en avestique.
- Et c'est en faisant des erreurs que tu apprends. ... Je pense que tu l'as très bien remarqué, non ? Gen nous a dit que ta lecture a gagné en fluidité, aussi., renchérit ma mère en français.

Je hoche la tête et je m'excuse aussi pour mon silence. Le sourire amusé de ma mère me fait comprendre que ce n'est pas grave. Je plisse un peu les yeux. Est-ce qu'elle veut dire que ce n'est pas grave ou bien que tant que je ne refais pas la même bêtise ce n'est pas grave... ? Je penche la tête de côté. Je lui demanderai après.

( La suite de l'histoire se trouve juste après, kufufu )




« Big Laël is watching you »


Pseudonyme ∠ -- ... Laël. :face: --
Âge ∠ -- 2 019 721 ans et toutes mes dents. --
Comment avez-vous connu le forum ? -- ... Joker. :face: --
Code ∠ -- --
Encore un mot ? -- Je vous aime déjà. ~♥ --


©Riva - Andrew


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Dim 14 Fév - 19:25


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Chapitre II : Adolescence.

Italie, Palerme ( Messina Giacomo )
- Samedi, 15 juillet 2000, 15:47.

Je suis adossé aux portes en fer forgé du Musée Archéologique Régional de Palerme, le Antonio Salinas Museum, et je regarde la procession pour la Sainte Rosalie se dérouler sous mes yeux. C'est le dernier jour de célébration de notre sainte patronne et, une fois de plus, le soleil inonde Il Festino de ses rayons. Je pose une main sur mon œil gauche, caché par mon bandana blanc, et je plisse mon œil valide. Mon téléphone vibre et je rabats mes lunettes de soleil sur mes yeux.

Livino a écrit:
Laël, tu as du temps devant toi ?
- le samedi 15 juillet, à 15:00:02.

Moi a écrit:
Oui. Tu as besoin de quelque chose... ?
- le samedi 15 juillet, à 15:00:21.

Livino a écrit:
Tu es fort en latin, non ?
- le samedi 15 juillet, à 15:00:29.

Moi a écrit:
Si. Je te retrouve au Giacomo avec tes textes, d'accord... ?
- le samedi 15 juillet, à 15:00:54.

Livino a écrit:
Oui, merci.
- le samedi 15 juillet , à 15:00:59

Je range mon portable et je ferme les yeux, mettant mes lunettes sur ma tête. Je plisse mon œil droit en le rouvrant lentement et ma vision s'imprègne à nouveau de la procession qui continue d'envahir les rues. Je fais craquer mon cou et je roule jusqu'au quartier de Settecannoli. Une fois arrivé à destination, j'entre dans le bar Messina Giacomo en faisant froncer les sourcils de l'un des serveurs qui fixe mes rollers. Je m'arrête en douceur au comptoir et je commande une limonata, la spécialité de ce bar.

- Asseyez-vous, je vous amène ça. … Dites-moi, vous les maîtrisez vos rollers ?

Pour toute réponse j'exécute un parfait demi-tour et je me mets à marcher normalement ( mais avec des rollers aux pieds ) sans bruit vers une table libre. Le serveur sourit et me lance « c'est rassurant de savoir que tu gères, merci. », ce qui me fait très légèrement sourire. Une fois installé, mon visage calme et paisible retrouvé, j'attends ma boisson, Livino et ses textes. Je devrais peut-être changer de table d'ailleurs, ceux derrière moi font un vacarme épouvantable.

Parfaitement tranquille, je me redresse pour chercher une table libre et plus calme des yeux et je remarque Livi qui se dirige vers moi. Je lui fais un salut de la main et je m'apprête à le formuler de vive voix... sauf que c'est un râle de douleur qui s'échappe de mes lèvres. La dernière chose que je vois, c'est un Livi flouté et tacheté de noir qui court vers moi avec son portable dégainé. Je ne l'apprendrai que plus tard mais j'avais reçu un coup de couteau perdu entre la onzième et la douzième dorsale et le vacarme derrière moi était en fait une querelle qui avait tourné à la bagarre.

***

Italie, Palerme ( Ismett* Srl, hôpital )
- Lundi, 17 juillet 2000, 04:08.

Je papillonne des yeux pour les refermer aussitôt, même si mes deux gestes sont très lents. Mon œil gauche me brûle et la blancheur des lieux n'aide pas. J'essaie de me relever en gardant les paupières closes, mais cette fois-ci c'est mon dos qui me consume. Allons bon... Des doigts fins et froids caressent ma joue, avec une douceur qui m'est familière, et je laisse une autre main me rallonger avec cette même douceur familière.

- Ma douce...
- Pourquoi faut-il que tu me fasses toujours des frayeurs quand nous devons nous voir, mon ange... ?, me demande-t-elle en russe, d'une voix excédée et inquiète.

Les commissures gauches de mes lèvres s'étirent dans un sourire en coin doux et léger. Je sens mes muscles faciaux se tendre et crépiter comme des braises rouges mais je n'en tiens pas rigueur. Un soupir amusé sort de mes lèvres. J'entends d'autres personnes rentrer, sans doute est-ce dû à mon réveil que les machines ont dû leur signaler. On me pose ce qui a la forme de mon bandana sur mon œil gauche, que je mets correctement par réflexe, et je rouvre lentement l’œil droit. Je le plisse. La lumière des lieux est forte. De longues minutes plus tard, je me tourne vers le médecin.

- Bonsoir, docteur. Alors, quel est le bilan dites-moi... ?
- Bonjour, Laël. … Il est quatre heures du matin, et ton évanouissement a duré pas moins de trente quatre heures et treize minutes. Comment te sens-tu... ?

~ ~ ~

Je roulai avec mes rollers sur le carrelage plat de la maison de oncle Michael à Belfast. Je faisais des tours et des tours entre toutes les salles de la maison, les escaliers compris. Je répétais le même parcours inlassablement, parlant en gaélique à Michael quand, inquiet, il me demandait de ralentir l'allure. Je demandais au bout d'un moment l'autorisation d'aller dehors, que j'obtins, et je me dirigeai lentement vers l'arbre qui poussait dans le jardin. Je marchai avec mes rollers comme avec des chaussures, ma démarche donnant toutefois l'impression que je portais des après-ski et des plis de concentration ornèrent mon front.

Je me concentrai sur mon escalade du moment, veillant à bien caler mes rollers pour avoir un appui stable... mais sans prendre le risque d'abîmer mes roues. Elles coûtent assez cher comme ça et je ne voulais embêter ni mon père, ni ma mère, ni ma famille. Un aboiement soudain me fit lâcher prise. Je ne suis pas tombé de haut, seulement de quelques dizaines de centimètres ( c'est du moins ce que je croyais ). Ce fut assez pour que mon œil gauche ne vît momentanément qu'un néant obscur et que mon souffle fût coupé sur le coup. Une fois ma respiration retrouvée, haletante mais retrouvée, je fermai les yeux et je me dirigeai avec une rare lenteur vers la maison en ne me servant que de ma mémoire, de mon ouïe et de mon toucher pour me déplacer. Je me repérais comme je le pouvais pour rejoindre le fauteuil du salon et, une fois que je l'eus trouvé, je m'affalais dedans et je bougeais seulement pour respirer.

Ce ne sont que quelques heures plus tard que mes parents rentrèrent, et sitôt ils me virent, moi et mon regard dans le vide, sitôt ils m’appelèrent joyeusement en me racontant leur journées. En avestique pour mon père, en malay pour ma mère. Je les regardai. Ma vision était pleinement revenue et je plissai légèrement mes yeux lorsque ce fut mon tour de parler. Mon œil gauche me faisait mal. Je m'exprimai en gansu ( dialecte chinois ), langue qui m'était venue le plus naturellement, pour raconter ma journée. Dès lors que je parlais de la petite chute que j'avais faite et ce qui s'ensuivit, ma mère posa sa douce main sur le sommet de ma tête.

- Il fallait en parler directement à Mick, Laël, il aurait pu agir sur le vif. Bon... On va aller voir Joe, d'accord ? Il faut vérifier que tu n'as rien de grave., dit ma mère en irlandais.
- … D'accord., répondis-je en gansu.
- Tu n'as pas mal ailleurs, mi pequeñito ?, demanda-t-elle en irlandais.
- Non.
- Laël... ? Ne t'en veux pas de n'avoir rien dit à Mick pour autant. Tu as eu peur, c'est normal que tu te sois préservé. Mais la prochaine fois, si tu le peux, avertis the relative* le plus proche, d'accord ? Quand on peut éviter d'inutiles complications, surtout à sept ans, il vaut mieux le faire., lança mon père de son ténor apaisant, en gaélique.

Je hochai la tête et ma mère me prit dans ses bras en souriant sereinement. Le calme se voyait sur le visage de mes parents comme sur le mien, si ce n'est que le leur était saupoudré d'une pointe d'inquiétude et qu'au mien s'ajoutait une douce gamme de souffrance. Le trajet fut consacré à une inscription en gaélique trouvée récemment qui parlait visiblement d'une ancienne légende celte. J'écoutais mes parents en parler d'une oreille plus qu'attentive. J'adorais les entendre parler de mythologie, et la mythologie celtique était de loin l'une de mes préférées.

Lorsque nous frappâmes à l'appartement de Joe, situé au-dessus de son cabinet d'ophtalmologue, nous fumes très vite accueillis. Il nous demanda ce qu'il se passait et une fois que nous fumes dans sa salle de consultation, je racontai l’événement de ma chute. Il m'écouta attentivement et la consultation fut rapidement suivie d'une série de petits tests de vision. Joe était celui qui s'était occupé oculairement de moi depuis que j'étais né et il habitait près de Belfast désormais ; c'est pour cela que mes parents étaient venus ici sans discuter. Au bout d'une heure approximativement, il me regarda et me sourit.

- Ta chute a fragilisé ta vue, mais rien de grave vu la progression que tu as faite durant ces sept dernières années. Je vous donne ceci pour que vous puissiez passer à l'hôpital demain, pour vérifier que ton dos n'a rien. Comment te sens-tu Laël ?
- Mes yeux se ferment d'eux-mêmes. J'ai sommeil. Mon œil gauche me tire. Il me brûle par à-coups, aussi.

Joe hocha la tête, m'offrit un de ses sourires si apaisants qu'il me sembla que ma douleur s'estompa un instant et il nous proposa de rester la nuit ici. Le lendemain, l'hôpital ne fit qu'affirmer les dires de Joe ; le système oculaire de mon œil gauche avait été fragilisé par ma chute, mais le reste de mon corps n'en avait pas souffert. Il fallait seulement que je me repose une semaine ou deux. En sortant du bâtiment, je fis face à Maïa, la fille de Joe, qui prit mes mains dans les siennes avec une étrange douceur et qui me rabroua gentiment en posant une de ses mains sur ma joue. Je n'avais pas réagi, sur le coup j'avais penché la tête de côté en me disant que je ne dirais rien la prochaine fois. Je ne voulais pas qu'ils s'inquiètent pour une petite fragilisation sans conséquences. M'interrompant dans mes pensées, Maïa me demanda :

- Dis, dis, Laël, tu sais souffler la flûte traversière toi... ?

*C'est de l'anglais, ça veut dire « membre de la famille ». Je plaide coupable, je ne sais pas comment le dire en français en un seul mot ( et puis, ça sonnait classieusement bien avec l'anglais... du coup je l'ai gardé ).


~ ~ ~

Après des échanges d'usage et différents tests de lumière pour que je sois le plus à mon aise ( la pièce est désormais plongée dans l'obscurité la plus totale, seuls les murs et le mobilier blancs tranchent cela ), le médecin jette un regard à mes parents puis à Joe. Je suis assis, mon dos appuyé et sécurisé par un coussin blanc, et je penche légèrement ma tête de côté. Maïa s'assoit à mes côtés sans ôter sa main de ma joue et j'appuie cette dernière contre sa paume. Parfaitement calme et serein, je reporte mon attention sur le médecin qui vient de tirer une chaise pour s'asseoir face à moi. Joe se positionne à côté de lui. Mes parents se sont assis de l'autre côté du lit entre temps.

- … Il semblerait que divers accidents aient fragilisé la vue de ton œil gauche. Nous en avons parlé avec ton ophtalmologue. Il nous a fourni tes plus anciennes angiographies, échographies oculaires, ophtalmoscopies indirectes et photographies du fond de l’œil gauche, que nous avons comparé à celles que nous avons faites hier. Ton rétinoblastome est guéri, il n'y a pas de problèmes à ce niveau-là, ni de métastases ou autres complications. Cependant… les bâtonnets de ton oeil gauche se sont mal adaptés à cause de la déficience génétique qui les touche, ce qui trouble encore plus la vue de ton œil gauche qu'elle ne l'était déjà. Sur le long-terme, cela pourrait fatiguer l’œil droit, ton cristallin plus exactement, qui essaie de s'adapter en conséquence.

Je plisse légèrement mes yeux et je fais basculer mon bandana sur mon œil droit. Cela trouble la vue de mon œil gauche ? Je vois parfaitement bien actuellement. Je m'apprête à le dire mais c'est Maïa qui brise le silence.

- Vous voulez dire que l'effectif de ses bâtonnets diminue, s'est considérablement accru ou que ses bâtonnets arrivent de moins en moins à capter la lumière ? Pour l’œil gauche, j'entends.
- Laël avait déjà un très grand nombre de bâtonnets, de ce qu'on a pu constater, mais son oeil gauche souffre d'une déficience génétique et héréditaire qu'aucune opération, malheureusement, ne peut enlever sans un risque qui avoisine les 75% . Sans compter que le risque d'endommager l'intégralité de son génome est beaucoup trop grand, vu que c'est le chromosome 13 qui est touché par la déficience. Pour en revenir à son état oculaire... Vulgairement dit, son œil gauche souffre de ce que je vais nommer une « nyctalopie photophobe aiguë » pour que vous compreniez. En revanche, nous avons réussi à conserver son œil droit tel quel, d'autant que celui-là n'est pas touché par la déficience. Cela crée toutefois un sacré déséquilibre entre les deux. ... Si vous voulez, son œil droit supporte la lumière, son œil gauche ne supporte pas la lumière. Ne nous demandez pas pourquoi il y a une telle différence entre les deux, la plasticité cérébrale est encore une énigme pour les meilleurs neurologues de cet institut et, malgré nos recherches, nous ne savons pas encore tout de la génétique.
- … Y a-t-il un risque qu'il développe une forte photophobie ?, intervient ma mère en plissant les yeux.
- J'en ai déjà une ''légère'' depuis mes sept ans, ibu.

Ma mère me regarde dans les yeux et finit par souffler légèrement avec un doux sourire aux lèvres. Maïa prend une de mes mains après avoir ôté la sienne de ma joue. Je plisse imperceptiblement les yeux en baissant mon regard sur nos deux mains enchevêtrées. Je me mure dans un certain silence, tout en écoutant ce qui m'entoure.

- Sa photophobie risque d'augmenter, mais rien d'insurmontable pour lui... si je me fie à son tempérament, cela dit. Je comprends ton inquiétude vu les temps ensoleillés de Palerme, mais le priver de soleil n'est absolument pas la bonne solution. Ah aussi..., répond Joe en posant un boîtier sur la table de chevet. Maïa aura quelque chose à te donner, Laël. On va te laisser, n'hésites pas à nous appeler si besoin.

Je ne réponds pas et le médecin ferme ses yeux en se levant. Il annonce simplement qu'il devra repasser plus tard pour me parler. Encore une fois, je ne réponds pas et ce sont Joe et mes parents qui se lèvent pour partir. Maïa s'apprête à en faire de même mais je serre sa main en dirigeant mon regard vers la pleine lune. Mon œil gauche se plisse et met un temps à s'habituer à cette lumière éblouissante. Maïa extirpe sa main de la mienne et, avec un sourire à la fois inquiet et doux, le tout accompagné de sa légendaire touche de gentille taquinerie, sa voix brise le silence.

- J'ai choisi la couleur et, ne t'en fais pas, cela n'aura pas d'incidence sur ta vision du monde. … Je t'amène un miroir, mon ange.

Elle se penche vers son sac et tient devant moi un miroir assez grand pour que je puisse bien voir mes deux yeux. Je pince une lentille et je la pose sur mon œil gauche. Je le ferme aussitôt avant de papillonner des yeux. La sensation est inconfortable mais je pince l'autre et je la mets sur mon œil droit dans la foulée. Je ferme fortement mes paupières avant de papillonner des yeux à nouveau. Je les rouvre une fois la sensation envolée et je me regarde dans le miroir.

Les lentilles me font des yeux de chat jaunes.
Est-ce vraiment nécessaire... ?

La seule réponse qui me vient est une caresse, légère et envoûtante, qui revient telle une vague caressant le sable, repart, et revient pour apporter des joyaux marins. Je ferme les yeux. Le miroir a été rangé dans le sac et Maïa se lève avec son petit bagage calé sur l'épaule. Je lui souris et je la suis des yeux se diriger vers la porte. Elle me fait un petit signe d'au revoir et je fais de même avant de me rallonger en plissant légèrement les yeux. Mon dos me brûle. Je regarde le plafond et je croise les bras de façon à ce que ma tête repose sur mes mains. Aujourd'hui non plus je n'arriverai pas à dormir. ... Où est ma flûte traversière... ?

Ismett est l'acronyme de Istituto Mediterraneo per i Trapianti e Terapie ad alta specializzazione, ou l'Institut Méditerranéen pour les Greffes et les Thérapies hautement spécialisées en français.

***

Japon, Kōchi ( Kōchi kôtôgakkô )
- Lundi, 4 septembre 2000, 07:55.

La douceur des lèvres sur mon front me fait ouvrir les yeux dans le noir total de ma chambre. Ma mère est penchée au-dessus de moi et pose mes lentilles pour la journée sur ma table de chevet. L'étui vide pour mes lentilles de nuit est là aussi. Un léger sourire apparaît dans le noir et je me redresse lentement en enlevant mon bandana et en enlevant mes lentilles de nuit pour mettre celles du jour. Je papillonne des yeux une fois que c'est fait et je mets correctement mon bandana sur mon oeil gauche. Je regarde ma montre, qui m'indique qu'il est six heures. Je m'étire et regarde la masse de polycopiés sur les kanjis et les kanas qu'il y a sur mon bureau.

- Bonjour, Laël., me dit ma mère en gansu.

Je penche ma tête de côté sans répondre. Mes souvenirs surgissent dans ma tête, celui où j'ai réussi des équivalences, celui où j'ai passé l'examen d'entrée, les mois où je me suis passionné pour la culture japonaise, les langues japoniques qui descendent du zhou ( ancêtre commun entre le coréen, le chinois et le japonais, même si c'est un peu plus complexe que ça ) et un petit sourire naît sur mes lèvres. J'embrasse le front de ma mère tandis que mon visage retrouve son calme et sa nonchalance.

- Bonjour, maman.

Je réponds en espagnol. Je m'étire passablement et je range la couette au pied de mon lit. Je bâille un peu et ma mère allume la lumière en me faisant fermer les yeux d'office. Mon oeil droit papillonne avant de s'habituer à l'éclairage et je vérifie les affaires de mon sac avant de descendre dans la cuisine. Je salue mon père, de la même façon qu'avec ma mère d'ailleurs, et je me mets à parler en Illyriac. Je bute encore sur certains mots, certaines expressions, mais je sais que ça viendra. Mes parents parlent d'un projet de datation et de reconstitution des plans du Château de Kochi. Ils travailleront en partenariat avec des architectes. Je regarde l'heure, sept heures moins le quart. Je me lève.

- Bon, j'y vais

J'annonce en iranien. Je prends mon bentô avec ma lenteur habituelle et je le mets dans mon sac. Avant que je ne quitte la cuisine, c'est mon père qui s'adresse à moi en japonais.

- Ne te laisses pas atteindre par ce qu'ils diront.
- Oui.
- Et ne surmènes pas tes yeux, Laël.
- Promis.

Je sors de la pièce en leur adressant un sourire et une bonne journée. Je m'apprête à partir mais je me ravise. Maïa m'a suivi jusqu'ici, prenant pour la première fois des cours par correspondance, et elle doit encore dormir à l'heure qu'il est. Je monte dans sa chambre et je l'embrasse avec légèreté.

- Hagas buenos sueños, mi hada ( Puisses-tu faire de beaux rêves, ma fée ).

Un léger sourire apparaît sur mes lèvres lorsque je regarde l'ensemble de la pièce. Je ferme les yeux et je redescends en fermant la porte de la maison derrière moi. Les mots de mes parents me reviennent en tête alors que je commence à marcher vers le lycée. Au vu de ma situation, et le fait que personne ne me connaît ne va pas aider, les rumeurs vont partir très vite. J'hoche les épaules en marchant, mettant mes écouteurs qui diffusent de l'éthiojazz dans mes oreilles. Ils pensent ce qu'ils veulent, après tout. Enfin, c'est ma première expérience dans un lycée, je devrais faire attention. Pour ce qu'a dit ma mère... Au vu de mon opération récente et de ma situation, je sais déjà que je dois faire attention.

Je franchis le portail de l'établissement et je suis la masse de lycéens qui s'engouffrent dans les allées. J'observe les lieux autour de moi, en ayant une démarche aussi lente qu'à l'accoutumée, et je regarde l'heure. Il est déjà sept heures et quart. Je mets donc une demi-heure à pied pour venir ici si je bavasse en traînant des pieds. Une fois arrivé devant ma salle de classe, j'attends patiemment l'arrivée du professeur. À sept heures cinquante-cinq tapantes, il s'arrête devant moi. Après un salut respectueux et une vérification de mon identité, il me demande d'attendre encore un peu dans le couloir.

Il rentre dans la salle et j'écoute ce qu'il dit, attendant le moment propice pour rentrer. Une fois qu'il a annoncé mon arrivée et me demande d'entrer, je fais glisser la porte et la referme derrière moi. Je me présente de manière simple et concise. Après cela, le professeur m'indique une table. Colonne du milieu, troisième rang. Je sors mes affaires et le cours commence. Un cours de japonais.

- Laël, peux-tu lire le texte page 25 ?

Je ne réponds pas. Je me contente de me lever en entamant la lecture.

~~~

Une pause de cinq minutes et c'est mon voisin de table qui tourne la tête vers moi. Je le regarde droit dans les yeux et je penche la tête sur le côté, mon calme nonchalant toujours fiché au plus profond de mon être.

- Yo. Moi c'est Arinori Tagaya. Dis voir, c'est toi qui a colonisé la troisième place aux exams de fin de premier semestre ?

Mon expression du visage ne bouge pas, à l'exception de mon sourcil qui s'arque légèrement. Je n'aurais pas été classé dans les trois meilleurs, je n'aurais pas été accepté ici au vu de ma situation. Mon sourcil s'abaisse.

- Enchanté, Tagaya-san.

Je réponds simplement, mon coude droit se pose sur ma table et ma main droite vient soutenir mon visage qui penche de son côté. Je regarde ainsi Tagaya-san et, avec la même voix et la même expression du visage, je reprends.

- Pourquoi cette question ?
- Parce que notre déléguée était sacrément remontée contre toi, haha. Tu lui as piqué sa place, après tout. Je voulais seulement être sûr que c'était bien toi.

Je me contente d'hausser les épaules.

- Elle ne travaillait pas assez, alors.
- Prends pas la grosse tête le bleu, c'pas ici que ça va t'aider.
- ... Ce n'est pas le cas. Si elle n'a pas pu garder sa place, elle est la seule fautive.

Le professeur de Mathématiques entre alors dans la salle et je me lève avec la classe pour le saluer. Un soupir sourd et profond s'échappe lentement de mes narines. Cela va mettre du temps avant que je m'habitue à cet esprit de compétition qui se substitue aux notions d'effort et de remise en question. J'expire profondément et silencieusement en me rasseyant. Les Maths, la matière où mes notes tirent le plus vers le bas.

Mon visage nonchalant et calme se stabilise à cette pensée. À l'exception des statistiques, de l’échantillonnage et des calculs mentaux, les Mathématiques ne m'intéressent pas ; je ne vais pas souiller la matière et me mettre à l'apprendre juste pour une histoire de classement ou de notes. Et puis quoi encore. Je n'ai pas d'intérêt pour les Maths, donc inutile de manquer de respect à tous les mathématiciens et à la matière même en me forçant. C'est absurde. Je tourne ma tête vers la fenêtre. Ce cours va être long.

La matinée passe ainsi, à chaque pause de nouvelles personnes viennent me parler. Lors de la pause-déjeuner, où je mange avec cinq autres camarades de classe, la question d'un club se pose. J'ai l'impression désagréable qu'ils essaient de décider à ma place mais mon visage calme et nonchalant reste ancré au plus profond de moi. Ils peuvent dire ce qu'ils veulent, pour moi le choix est fait. D'autant que je sais qu'il y a le club que je cherche ici.

- Viens dans le club de baseball, Yoru-kun., me dit Tagaya-san en m'interrompant dans mes pensées.

Ce surnom, dû à la teinte de mes cheveux, déclenche un regard amusé de ma part. Je fais non de la tête tout en portant à mes lèvres mon dernier bout d'onigiri. Je referme mon bentô et le range dans mon sac.

- Si je dois aller dans un club, c'est celui de Karuta.

J'annonce d'une voix posée. C'est ma voisine de table qui prend un air ravi ; elle fait aussi partie de ce club.

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Chapitre III : Adulte.

UK, Londres ( Smith's Manor )
- Samedi, 17 août 2002, 19:04

Je roule avec lenteur dans les rues de Londres, me dirigeant peu à peu vers Brixton. Je m'étire légèrement tout en continuant d'avancer en slalomant entre les personnes. Mes bras retombent mollement contre mes flancs et je bifurque vers une rue plus petite. J'ai bien été admis à la Millenium University avec un double cursus en Sciences du langage et en Lettres Classiques. Mes parents m'ont largement conseillé cette université, vu qu'eux-mêmes y ont fait leurs études. Quand j'ai regardé ce qu'ils avaient appris au sein de Millenium, un sourire était né sur mes lèvres.

Le même léger sourire flotte vaguement sur mon visage calme et quelque peu froid. Il faudra que je remercie mes parents pour avoir toujours donné plus que le meilleur d'eux-mêmes, sans arriver à du surmenage pour autant. Je suis leurs pas sur ce point et ces années d'études vont être l'occasion de me le prouver. Mon sourire disparaît de mes lèvres et j'abats mes lunettes de soleil devant mes yeux en entendant une musique emblématique. Je sors mon portable de mon sac et je vois que c'est Maïa qui m'appelle. Ma face redevient aussi calme et nonchalante qu'à l'accoutumée et je décroche. Je mets mes lunettes sur ma tête quelques instants plus tard.

- Ma douce ?
- Tu as été accepté, mon ange... ?
- Oui.

Un moment de silence suit mon constat. Je la devine avec un sourire taquin naissant et je ralentis mon allure déjà bien lente.

- Tu as gagné le pari.
- Tu m'as laissée gagner, tu étais aussi confiant que moi sur ce coup-là.
- ... C'est vrai.
- Dis-moi mon ange, tu es où ?
- Je ne devrais pas tarder à arriver au Manoir. Pourquoi ?

Le Manoir n'en était pas vraiment un, en soi. Ma famille, tant paternelle que maternelle, a racheté les maisons d'une petite rue, soit sept maisons ; la huitième a été prise par Joe et Gwenaëlle. La décision a été prise il y a deux ans, alors que j'étais encore à Palerme. Après de longues discussions, nous avions tous décidé d'avoir un pied-à-terre à Londres, dans le quartier de Brixton. Le déclencheur a été les deux petits êtres que Maïa a porté huit mois et vingt jours, d'où la présence des parents de Maïa au Manoir par ailleurs. Mes yeux se plissent à cette pensée.

Tant pour mes parents que pour les siens, le plus important pour eux avait été de savoir si nous y étions préparés. Malgré mon calme et ma nonchalance habituels, une petite part de moi avait eu si peur de l'inconnu qu'elle a cherché mille et unes raisons de fuir cette situation. Ma passion l'a emportée, et pour cela ma famille m'a beaucoup aidé ; pas une seule fois il n'a été question d'avortement. Ce n'est qu'un petit détail, mais il m'a aidé à accepter la réalité en face. Pleinement. Même si le projet du Manoir existait déjà depuis un moment et que de l'argent avait été mis de côté par tout le monde depuis plus de sept ou huit ans, il s'est concrétisé avec les deux petits bouts de chou et c'est la ville de Londres qui avait été naturellement élue. Je m'arrête devant un passage piéton et une voiture passe sur la route à toute berzingue. Amélie et Boyd ont déjà deux ans et demi... Mon regard se dirige vers les nuages grisés du ciel.

- Laël ?
- Oui ma douce ?
- Tu es en train de redevenir un enfant, dis-moi..., elle me dit avec un ton malicieux et doux.
- Non. Je le suis toujours resté. ... Je pense. Donc, pardon, tu disais quoi ?
- Tu peux garder Amélie et Boyd tout seul, ce soir ?
- Ça veut dire que je dois me dépêcher, ça.

Je devine une petite moue à la fois amusée et exaspérée de mon ton volontairement puéril, avec son éternel regard doux. Maïa possède une douceur depuis toute petite qu'elle n'a pas perdu. Le feu des piétons passe au vert.

- J'arrive.

Je raccroche et je range mon portable dans mon petit sac en bandoulière. Je mets un peu plus d'entrain pour m'engager dans la montée. Je prends un virage plutôt rapidement, penchant tout mon corps pour le négocier, et je gagne en vitesse jusqu'à arriver au fameux Manoir. Maïa et moi avons une maison pour nos deux, avec nos deux enfants aussi. J'ouvre le portillon et je le referme derrière moi. Je vois une petite tête se coller à la fenêtre du salon à ma vue et disparaître ensuite. Un sourire doux orne mon visage et j'ouvre la porte de la maison après avoir traversé le petit jardin.

- Duddy !
- Bonsoir, mi angelito.

Je réponds en prenant le petit bonhomme dans mes bras. Il serre ses petits bras autour de mon cou et fait bouger ses jambes qui pendent dans le vide. J'assure la prise que j'ai sur lui et je referme la porte derrière moi. Je pose mon sac à l'entrée et Boyd regarde attentivement ma veste. Il plisse les yeux quand je le pose sur le sol en penchant sa tête de côté et je comprends qu'il veut rester dans mes bras. J'embrasse tendremment son front.

- Et comment veux-tu que j'enlève ma veste si tu es dans mes bras ?

Boyd fait un pas maladroit vers moi mais se rattrape sans mal. Il tire sur la manche de ma veste et me l'enlève avec mon aide et il fait pareil avec l'autre. Il me tend la veste et je me redresse pour l'accrocher au porte-manteau, mon sourire restant accroché à mes lèvres. Le bonhomme applaudit en riant et, voyant que Maïa et Amélie ont tout vu, Boyd marche vite vers elles. Mon sourire disparaît de mon visage calme et tranquille.

- Mamma ! Duddy là !

Maïa hoche la tête et Amélie s'approche lentement de moi, se rattrapant de justesse à un mur. Je m'accroupis en lui tendant les bras, attendant calmement qu'elle m'atteigne. Avec un pli de concentration et de la lenteur, elle marche jusqu'à moi en se réceptionnant sur mes genoux pour ne pas tomber une deuxième fois. Elle tapote mes cuisses et s'y installe.

- Papa rentré ?
- Papa rentré.
- Bonne rentrée, papa.

Elle me colle un bisou sur le front puis sur la joue pour me souhaiter un bon retour. Mon regard s'attendrit à cette vue. Boyd revient et pousse un peu Amélie, que mon bras droit empêche de tomber. Mon regard se tourne vers le petit bonhomme et j'arque un sourcil. Il fait une petite moue en tapotant ma cuisse et me regarde. Je penche la tête de côté et je cale Amélie sur une jambe et Boyd sur l'autre. Ils ne restent pas bien longtemps ainsi. Ils se regardent mutuellement, font la course jusqu'aux fauteuils et finissent par s'échouer dans le canapé. Ils prennent un petit livre d'images et essaient de dire le plus vite à quoi correspond l'image qu'ils voient. Je me redresse calmement et je passe une main dans mes cheveux bleutés.

- Ils ont déjà mangé ?
- Non mais je leur ai fait mon velouté de céleri.
- D'accord.

Elle me regarde, plisse un peu les yeux et pose sa main sur ma joue avec son éternelle douceur. J'ancre mes yeux dans les siens à mon tour. Je ne dis rien, je sais très bien qu'elle va parler. Après un instant de silence, interrompu seulement par le jeu des deux petits êtres, elle expire audiblement.

- Tu ne me demandes pas pourquoi je sors ?
- Non.
- Pourquoi ?
- Parce que tu t'apprêtes à me le dire.

Son sourire se forme alors sur ses lèvres et elle penche sa tête de côté, riant avec cette douceur qui lui est naturelle.

- J'oublie parfois que tu penses comme ça. Pardon, mon ange. J'avais besoin de retrouver mes parents donc je les ai invités au Saigon.
- Ne t'excuses pas de vouloir passer du temps avec tes parents, ma douce.
- ... Mhm. D'accord. Je t'aime, mon ange.
- ... Je t'aime aussi, mi dulce.

Elle m'embrasse avec légèreté et prend sa veste en ouvrant la porte. Je penche ma tête de côté et je lui fais un signe de peace and love alors qu'elle s'engouffre dehors en riant au vu de mon geste décontracté. Je me retourne et je fais face au silence de mes deux petits anges qui ont chacun des plis de concentration sur le front. Je m'approche d'eux avec lenteur et je m'accroupis à leur niveau. Ils tournent alors leurs têtes vers moi et disent simultanément :

- Duddy ! Quoi ça ?
- Pas camion ?

Je regarde les deux images, un camion et un transporter. Ma tête se penche légèrement de côté. Vicieux. Je m'avance un peu plus vers le canapé et je m'assois en seiza, parfaitement calme. Je pose mon doigt sur la première image.

- Ça, c'est un camion. Généralement, on le reconnaît aux autres sortes de véhicules parce qu'il est grand, long, plus imposant et surtout parce qu'il ne transporte que des lourdes charges ou de la marchandise.

Amélie fixe le camion durant ma petite tirade, puis une fois que je me tais elle me regarde en plissant les yeux. Boyd, lui, tapote impatiemment la deuxième image de son doigt en me fixant. Je pose alors mon doigt sur la deuxième image et je sens toute l'impatience du petit bonhomme.

- En revanche, ça c'est un transporter. C'est une voiture mais plus longue et plus haute que les autres, avec plus de places aussi. De manière générale, un camion est plus imposant qu'un transporter. La différence majeure entre un transporter et un camion, c'est ce qu'ils contiennent. Un camion contient de la marchandise, quelle qu'elle soit, tandis qu'un transporter, lui, transporte des êtres humains. ... Et des animaux, parfois.

J'explique lentement, rajoutant ma dernière phrase lorsque Boyd montre le chien de l'image du doigt. Amélie me fixe en plissant les yeux, puis ses yeux font la navette entre la première image et la deuxième. Elle pose sa main sur la première image.

- Camion.

Je me contente de hocher la tête. Elle pose alors sa main sur la deuxième image.

- Transporter., dit-elle, un peu moins assurément.

Je hoche la tête à nouveau, et elle sourit. Boyd, quant à lui, répète les deux mots en levant les yeux au ciel. Il me regarde alors et finit par me demander :

- Grand-tonton Michael, transporter ?
- Grand-tonton Michael a un transporter, oui.

Amélie continue de faire la navette entre les deux images et un petit sourire se forme sur la commissure droite de mes lèvres. Drôlement éveillés, les deux petits anges. Je me lève et me dirige vers la cuisine, mon sourire étant absorbé par ma tranquillité. D'office, Boyd referme le livre et va rapidement s'installer sur sa chaise, suivi d'Amélie qui marche plus lentement. Il est dix-neuf heures, quatre minutes et treize secondes.

***

UK, Londres ( Millenium University )
- Mercredi, 4 septembre 2013, 07:30

Je mets ma veste et ouvre la porte pour partir à l'université, non en tant qu'étudiant mais en tant que professeur. Cependant, je roule sur quelques centimètres à peine que, déjà, je vois Joe en face de moi. Il tient une boîte de lentilles. Je plisse mes yeux et je penche ma tête de côté avant de boiser mon regard dans le sien.

- Bonjour, Joe. Quelque chose ne va pas... ?
- Bonjour Laël. ... Tu te rappelles de la discussion que nous avons eu au tout début de tes études ?

Évidemment. Les néons me faisaient mal, je me rappelle clairement le lui avoir dit au bout d'un ou deux jours à l'université seulement. Depuis ce moment-là, il s'évertue à trouver les lentilles correctement adaptés à mes yeux et surtout à mon oeil gauche. Je me contente de le regarder pour lui montrer que je m'en souviens, mon visage restant aussi calme et nonchalant qu'à l'accoutumée.

- Je t'épargne les explications scientifiques, mais normalement les surplus de lumière devraient être correctement dosés pour tes yeux cette fois-ci. Il y en a une pour l'oeil droit, mais ce n'est qu'une lentille de couleur. Elle devrait seulement t'aider à mieux supporter ta légère photophobie. Gardes ton bandana pour ton oeil gauche, mieux vaut deux protections qu'une seule. Tu me diras d'ici quelques jours si elles sont efficaces ou non, je ne te retiens pas plus longtemps.

Je prends le boîtier qu'il me tend et je file dans la salle de bains. Après un étiquettage d'une dizaine de secondes, je mets les lentilles et mon bandana sur mon oeil gauche. Toujours des yeux de chat jaunes, uh... Je regarde l'heure, il est sept heures. J'ai encore le temps d'y aller sans prendre le bus. Je descends rapidement et j'embrasse Amélie et Boyd qui sont en train de déjeuner. Je pique une tartine à Amélie qui se contente de sourire et de me dire :

- C'est comme ça que tu immortalises ta première journée en tant que professeur, en te comportant en sale gosse ?
- Il faut croire que oui.

Je les salue une dernière fois avant de refermer la porte derrière moi. Je roule jusqu'au portillon et je décide de passer par-dessus. C'est plus rapide. Je roule en descendant lentement les rues vers les avenues plus fréquentées, la tête renversée en arrière. Je regarde le ciel, nuageux comme toujours. Je redresse la tête pour négocier un virage qui m'amène sur l'avenue qui relie Clapham Common à Westminister Abbeye. Je slalome entre les personnes pendant près de vingt minutes jusqu'à passer les portes de l'université.

La journée va être remplie aujourd'hui, je le sens.

Un léger sourire se peint sur mes lèvres à cette pensée et s'efface aussi vite qu'il n'est venu. Je roule lentement dans les couloirs de l'université, évitant les quelques personnes qui se dressent sur mon chemin. J'ai réussi à obtenir une autorisation pour faire cours avec mes rollers de la part du personnel administratif même si j'ai bien senti que c'était sous réserve que cela ne nuise pas à la qualité de mes cours. Je me dirige vers la salle de repos des professeurs tandis que mon visage se fait de plus en plus froid. J'ai réussi mon double cursus en Sciences du Langage et Lettres Classiques. Après ça, j'avais hésité à parcourir le monde comme mes parents, ce qui est quelque chose que j'ai toujours aimé faire.

J'ai préféré me consacrer à l'enseignement, et pour cela les mots de Seamus m'ont beaucoup aidé. Professeur agrégé en grammaire latine, grecque, hébraïque, sanskrite et avestique ; philologue également mais ce n'est pas mon activité principale. Être professeur me suffit. Je suis naturellement resté à la Millenium University pour mes années de professorat. Le challenge d'arriver à enseigner un savoir à la hauteur de celui que j'ai reçu est trop grand pour que je ne le saisisse pas. Je passe une main dans mes cheveux bleu nuit en franchissant les portes de la salle de repos des professeurs du département littéraire. J'ai oublié que chaque professeur universitaire a sa propre salle, contrairement au collège et au lycée.

- Tu es en avance, Laël... Bonjour.
- Bonjour, Nico.

Je réponds d'un ton décontracté à mon ancien professeur de gaélique. Il se contente de me sourire et je tire une chaise en face de la sienne en m'affalant dessus. La chaise est confortable. Je pose mon coude droit sur ma table et ma main droite vient soutenir ma tête.

- Toujours aussi calme, à ce que je vois.
- Il faut bien que je respecte le stéréotype des professeurs de philologie.

Nicolas, Weily de son nom de famille, se contente d'éclater d'un rire franc qui me fait pencher la tête de côté, sans plus de réactions. Mon expression calme ne bronche pas, mais passe de la nonchalance à la tranquillité. J'étire mes muscles et je me lève pour aller me faire un café noisette. Un petit péché mignon dès le matin ne fait de mal à personne. Quand je reviens m'asseoir en ne buvant que la mousse de mon café, deux autres professeurs rentrent en parlant. Je les salue naturellement et ils en font de même.

- J'ai hâte de voir comment notre petit insolent en ionien-attique va se débrouiller., dit-il sans rancoeur aucune, seulement avec un sourire amusé.
- Ne confonds pas le latin et l'avestique, cela va t'être fatal., me taquine-t-elle gentiment.

Un léger sourire orne les commissures droites de mes lèvres. Je bois une gorgée de mon café et je me mets à parler enfin, mon sourire disparaissant lorsque mes mots se font entendre.

- Et pourtant, il y a plus de risques que je commence d'emblée mon cours en ionien-attique... ce qui risque d'être fâcheux.
- Ou bien d'être un bon moyen pour éliminer les étudiants perturbateurs.
- Bonne chance avec eux d'ailleurs. Même si avec ton tempérament, je ne doute pas que tu leur indiqueras calmement de se prendre la porte.
- ... S'ils ne s'intéressent pas à mon cours, autant qu'ils rentabilisent leur temps en étudiant un domaine qui les passionne.

C'est Elizabeth Wellshare qui arbore un sourire évoquant à la fois souvenir et tendresse sur ses lèvres. Charles laisse apercevoir un sourire taquin et moqueur tandis que Nico éclate de rire.

- Tu ne changeras jamais, hein ? C'est le bon état d'esprit, Laël ! Veille seulement à ne pas mettre tous tes étudiants à la porte parce qu'ils ne sont pas intéressés, c'est à toi de réveiller leur intérêt pour tes matières. Si tu n'y arrives pas... c'est toi qui doit te remettre en question avant tout autre décision.
- ... Je m'en souviendrai.

Nico a totalement raison sur ce point, le nier est futile. Je finis ma tasse de café d'une gorgée et je m'étire les muscles dorsaux ainsi que les trapèzes. Je me lève en les saluant puis je roule vers l'entrée. Lorsque j'ouvre la porte, c'est Charles qui me demande par quel cours je commence. Je sors deux barres de céréales ainsi que plusieurs barres chocolatées de mon sac.

- Trois heures d'ionien-attique pour les L3.

Ils sourient en voyant le stock de provisions que j'ai dans mon sac et Lizzie me fait un clin d'oeil. Je ferme la porte derrière moi et je me dirige vers la salle, qui doit être à cinq minutes à pied de la salle de repos. En chemin, je croise Maïa qui se dirige vers une salle de TD qui, pour le coup, n'est pas dans ce bâtiment.

- Bonne chance, mon ange. Ne sois pas trop dur d'emblée., me dit-elle en m'embrassant. Elle recule sa tête et plante ses yeux dans mon regard. ... Ah d'accord. Une interro d'entrée de jeu ?
- Ça ne dépend pas de moi.

Elle me sourit avec sa douceur naturelle et marche de plus en plus vite vers sa salle de TD. Je roule vers ma salle de cours, où normalement quarante-deux élèves m'attendent. J'ouvre la porte à sept heures cinquante cinq précises et une trentaine d'élèves me suivent et s'asseyent de manière plus ou moins décontractée à une table. Je me contente de poser mes fesses sur le rebord de ma table, mes deux bras en arrière pour me soutenir. Mon visage calme attend les quelques retardataires et je me présente posément, sans écrire mon nom au tableau – je n'en vois pas l'utilité. À peine ai-je fini qu'un étudiant me pose une question, sans lever sa main. Je penche ma tête de côté. Bon état d'esprit.

- Dites, vous étiez étudiant ici l'année dernière non ?
- Oui, mais pas en Lettres Classiques.

Un début de dialogue se fait, tant entre eux et moi qu'entre eux tout court et au bout de vingt minutes, je sors une barre chocolatée et je roule jusqu'au tableau en écrivant trois mots qui déclenchent des « Naaaaaaaaaaan ! » ou des « M'sieur, s'il vous plaît quoiii... ». Je me retourne juste après.

- Je tiens à signaler trois choses. Premièrement, vous pouvez boire ou manger tant que vous ne faites pas autant de bruit qu'Eschine lors de ses affrontements avec Démosthène. Deuxièmement, mon prénom n'est pas Monsieur ou M'sieur mais Laël, je vous demande d'en faire bon usage. Et troisièmement... Le participe aoriste optatif est plus important que vous ne le pensez dans les dialogues grecs, mais de cela j'y reviendrai après.
- ... Attendez, on ne va pas se taper des cours de grec ancien en grec ancien ?, dit un élève en se levant assez brutalement.
- C'est de l'ionien-attique qu'on apprend crétin, pas du grec ancien !, siffle une étudiante du deuxième rang.

J'avance lentement vers l'étudiant qui a posé la question et je m'arrête à sa table. Je penche ma tête de côté une fois ceci fait.

- Et si... On n'a pas arrêté de vous rabâcher que le ionien-attique, très juste remarque demoiselle, est une langue morte... mais c'est uniquement parce qu'on ne la fait pas vivre dans nos cours. ... Ne croyez-vous pas ?

Ils me regardent tous plus ou moins bizarrement et je roule lentement et silencieusement vers la table qui me sert de bureau. Je fais un demi-tour élégant et rapide une fois ma table atteinte. L'étudiant qui m'a interpellé me donne alors le participe aoriste optatif du verbe δείκνυμι ( « je montre » ). Il me donne l'esprit en passant, même si ce dernier est mal placé. J'y reviendrai après... avoir eu l'accent.

- Et l'accent, gringo ? Circonflexe, aigu, grave ?

***

UK, Londres ( Manoir des Smith )
- Vendredi, 08 avril 2016, 06:45

Cela fait deux ans que j'ai été nommé représentant de la filière littéraire. Le personnel administratif s'est fait une raison au sujet de mes rollers, même si ça leur arrive encore de grogner à ce sujet. Mes étudiants se sont faits à ma manière d'enseigner, bien qu'il y ait toujours un ou deux zouaves dans une promotion. Cela m'attriste plus qu'autre chose de voir que je suis incapable de susciter l'intérêt de ces pitres, comme quoi j'ai encore du chemin à faire. Mon visage froid se dégèle alors que Boyd pose violemment sa main sur la table pour appuyer ses dires – que je n'ai pas écoutés. Je mords dans ma tartine, manquant de me faire mal au palais à cause de la croûte du pain. Un silence se fait autour de la table et mon fils plisse ses yeux en me regardant.

- Duddy, tu m'as écouté ?
- Non.
- Bah merci, dis que je parle pour rien !, siffle-t-il en russe.

J'arque légèrement un sourcil sans rien répondre. Je continue tranquillement de corriger un exercice que plusieurs étudiants m'ont donné pour que je leur donne un aperçu de leur niveau actuel ainsi que les principaux moyens pour arriver à progresser. Je bois une gorgée de lait entier froid et je réponds enfin à Boyd sans cesser mon activité première.

- Si tu me parlais sans me siffler au visage, peut-être aurais-je plus de facilité à t'écouter, mi angelito.

Je dis en espagnol et il plisse les yeux. Je me contente de continuer de corriger les exercices ; agir autrement serait stupide de toutes façons.

- Duddy, t'es chiant., grogne-t-il en russe avant qu'un sourire léger adoucisse son visage. Je disais seulement que j'ai l'impression que mes professeurs me prennent de haut en ce moment et ça m'énerve qu'ils piétinent mon honneur ainsi.
- Ton honneur ou ta fierté, Boyd... ?, demande Maïa en russe.

La question le fait expirer par les narines. La réponse lui paraît évidente, pourtant Boyd et Amélie répondent simultanément à la question. Je finis de corriger l'exercice d'un étudiant et je m'attèle à finir la dernière feuille d'exercices qu'il me reste, ne prenant absolument pas part à la discussion.

- Mon honneur.
- Sa fierté.

Maïa éclate d'un rire doux et sincère, ce qui a pour effet de me faire légèrement sourire. Sourire qui se fait rapidement absorber par ma concentration, soit dit en passant. Boyd se tait alors, ferme les yeux et respire profondément durant plusieurs minutes. J'ai le temps de finir toutes les corrections et autres annotations. Une fois sa respiration calme retrouvée, il reprend d'une voix parfaitement posée :

- Okay. Ma fierté. Mais en même temps, le regard hautain qu'ils me lancent me donne l'impression qu'ils pensent que je suis un moins que rien dans les matières scientifiques sous prétexte que les Smith sont plus axés sur les langues, les lettres, l'archéologie et les arts.

Je me contente de hausser les épaules et de lui répondre calmement en russe.

- Les Sciences te passionnent, non ? C'est le moment d'en avoir le coeur net. Prouves leur que du sang des Illarion coule aussi dans tes veines. Bon, je dois y aller angelitos.
- Il est déjà sept heures moins le quart ? Je dois y aller aussi, mes amours. Dernière année de stage, je dois donner le meilleur de moi-même.

Maïa se penche pour m'embrasser. Je passe ma main sur sa nuque pour rapprocher son visage du mien. Une fois le baiser rompu, un petit sourire faussement angélique se forme sur mes lèvres au vu de la durée de ce dernier. Elle m'assène une douce pichenette sur le nez et mon visage calme et paisible revient à la charge tandis que je me lève pour débarasser et laver ma vaisselle.

- Nous pouvons demander à rencontrer tes professeurs, moi et Laël. Qu'est-ce que tu en penses, Boyd ?

Il nous regarde et une flamme s'allume dans son regard. Je m'attèle à ranger ce que je viens de laver sur le séchoir, de la tendresse venant s'immiscer dans mes yeux. Boyd est bien mon fils.

- Je vais donner le meilleur de moi-même jusqu'à la prochaine réunion parents-profs.

J'hoche la tête et je roule vers la table de la cuisine. Amélie est en train de lire l'Apocoloquintose de Sénèque tout en mangeant et je lui embrasse le sommet du front. Elle répond en faisant de même, rajoutant un bisou sur ma joue seulement et en me souhaitant une bonne journée. J'embrasse le front de Boyd qui en fait de même. Je m'étire passablement les muscles, j'enfile ma veste, je prends mon sac et j'ouvre la porte d'entrée.

- À ce soir, mes petits anges.

J'annonce en gaélique avant de refermer la porte derrière moi. J'enjambe le portillon et je mets mon casque qui diffuse une musique qu'Amélie m'a faite écoutée. Shut up, de Connie Talbot, rythme mon allure toujours aussi lente qu'à l'accoutumée.

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Dim 14 Fév - 20:17
Bienvenue à toi !

Ce choix de vava n'empêche... I'm weak. **
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Invité
Dim 14 Fév - 20:38
OWI OWI OWI OWI OWI OWI OWI OWI OWI OWI OWI OWI OWI OWI OWI [...] OWI OWI OWI OWI OWI

LAËL ! WIWIWIWIWIWIWIWIWIWIWI.

Love.
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Lun 15 Fév - 11:02
Hey bienvenue !

Bon courage pour ta fiche, je lirais tout d'une traite quand tu auras terminé ♥

N'hésite pas si tu as des questions, on est là pour ça !

Love ~


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Lun 15 Fév - 16:31
Bienvenido hihihihihi. /poutre

Une plume captivante, je dévoré la fiche. ♥
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Mar 16 Fév - 11:02
Hey, bienvenue ! :)
Sympa l'avatar. J'ai cru que c'était Code:Breaker au début. x) *shame on me*
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Mar 16 Fév - 14:15
Woooow, j'ai loupé un truc visiblement, haha.
Merci à tous. ♥

@ Mouse : ... Hey. :wink wink: Et ouais, ce choix d'avatar m'a bien fait galéré ( vu quand l'animé, le personnage que j'utilise est un gosse. //bam ) mais je l'aime aussi. *étoiles dans les yeux*

@ Mister X : Yeah, I love you too. ♥
On va se faire un lien de folie toi et moi.

@ Dolce : Nioh, c'est gentil ça. :wink wink:
Vu la longueur de l'histoire, je ne te conseillerais pas de la lire ainsi mais... je comprends et je respecte, c'est toi qui voit. ♥

J'hésiterai pas, ne t'en fais pas pour ça kufufufu. ~
Love ya. 8)

@ 'Mander : Nioh, merci bella. ~♥

@ Cally : Alors là je confirme, c'est très ambigü... mais c'est ça qui est bien fufufu. ~
Merci btw.




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Ven 19 Fév - 23:47
Bienvenue! J'aime beaucoup le prenom et le personnage :3 Fighting pour la suite !
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Dim 27 Mar - 21:26
Haha, merci beaucoup Azraël. ♥

Et je vous annonce que ma fiche est enfin terminée, fufufu. ~
Désolé d'avoir mis autant de temps pour la faire.




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Lun 18 Avr - 21:08


ANALYSE
Hey ! Je suis terriblement désolé pour le retard.... :bouyah: Me voici enfin avec quelques petites choses revoir.*sors*

Trêve de plaisanterie. J'ai aimé te lire, même si j'avoue ne pas être fan des détails médicaux au début de ta fiche. Chacun sa plume, et au moins on ne peux pas dire que tu ne connais pas ton sujet :P

Voici les quelques points à revoir:

• Dans ton histoire, tu écris "La première chose que le bébé a fait en les voyant a été d'entourer le cou de sa mère de ses petites quenottes". Sauf méprise de ma part, le terme "quenottes" désigne les dents. Ce constat fait, je pense que tu trouvera seul ce qui cloche. ^^ Je pense que tu as voulu dire "menottes"? Maybe.

• Tu parle également de lentilles magenta ayant pour but de protéger l'oeil de l'enfant. Le souci avec les termes médicaux dans les fiches, c'est qu'on cherche souvent à en savoir plus. Et à priori, selon cette source les lentilles magenta ne font pas partie du processus de guérison. Tu semble parler de cette maladie comme si tu la connaissais, mais je n'ai rien trouvé sur cette histoire de lentille.

• Si je ne me trompe pas, dans ton deuxième paragraphe au Pérou, Laël à 4 ans. Et tu indique qu'il parle 6 langues. Je dois remettre cela en cause. Il est difficile, même pour un enfant, d'assimiler autant de langue en si peu de temps. Et pour le coup, j'en parle en connaissance de cause puisque mon petit cousin a appris le français, l'anglais et l'allemand en même temps. Il a confondu les langues jusqu'à ses 8/9 ans au moins et faisais des phrases trilingues. Alors 6 langues...même si tu précise un peu plus loin qu'il les a confondues parfois, il me semble malgré tout trop jeune. Sans parler de la façon dont il s'exprime. A 5 ans, il sort quand même " C'est vrai que la voyelle U symbolise, entre autre, la paix des rides que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ?". Je veux bien croire aux enfants précoces, mais là.... :noticemesenpai:

• De même pour le livre qu'il ouvre ensuite. Beaucoup d'enfants de 4 ans sont précoces en lecture si leur parents le leur apprennent. Mais ils ne lisent pas de livres bien compliqués. Et le paragraphe donne l'impression qu'il lit une encyclopédie. :/ C'est à la limite du réalisme. Tu le précise d'ailleurs puisqu'à 5 ans, il lit du Rimbaud. C'est tellement rare qu'à ce moment, il est étonnant de ne pas avoir lu une seule fois le mot "prodige".

En fait d'une manière globale, je pense que c'est un peu exagéré. Il peut-être brillant et extrêmement cultivé sans l'être déjà à 4 ans. Si tu décale ta chronologie, pour lui laisser déjà plus le temps d'apprendre tout ça, ça me semblera plus correct. Tu n'es pas obligé de perdre son aspect "érudit", je te demande juste de lisser tout ça chronologiquement pour que ce soit plus réaliste.

Si tu as la moindre question, ou si tu pense que je n'ai pas compris quelque chose, n'hésite surtout pas à revenir vers moi.  :friend:


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Dim 24 Avr - 19:42
Héhé, sorry du retard je n'étais pas des masses chez moi cette semaine.

Je préfère te prévenir, je mettrais certains éléments de réponse sous hide, pour la simple et bonne raison que ça concerne des détails sur Laël que je n'ai pas forcément envie de divulguer kufufu. Et des détails sur moi que j'ai encore moins envie de divulguer, mais ça c'est une autre histoire. //bam

... Wow. Je pensais l'avoir maté celle-là. Je voulais mettre "petits bras", sauf que mon cerveau déglingué a peut-être décidé que le mot "quenottes" faisait classe. J'veux même pas savoir pourquoi j'ai fait une telle erreur de vocabulaire, merci de l'avoir relevé en tous cas. J'ai corrigé en "petits bras". ~

... J'ai légèrement modifié une phrase. C'est le traitement post-rétinoblastome de Laël que Joe lui fait subir parce qu'il connaît la déficience génétique qu'il porte. Dans le cas de Laël, il aurait pu devenir aveugle d'un oeil, c'est pour ça qu'il a été contraint de porter des lentilles qui asborbent les ondes chromatographiques ( vertes et bleues donc ) trop fortes pour sa condition, qui lui auraient offert une gentille cécité sur le long-terme ( c'est aussi pour ça qu'il a été opéré dès sa naissance, au passage ). Aussi parce que ça atténue la force de la lumière, vulgairement dit ( techniquement ça l'atténue forcément vu que la lumière que reçoit son oeil gauche se trouve tronquée aux deux tiers ).

C'est pour empêcher une complication au niveau des bâtonnets de Laël, en sachant que le rétinoblastome a failli en être une ( en a été une mineure, la complication s'est transformé en fragilisation ). Je n'ai pas de source internet à te donner, si ce n'est le Larousse de la Médecine ( en deux volumes ) que j'ai dans ma chambre ( aux mots: traitement oculaire préventif ; bâtonnets endommagés ; rétinoblastome ; chromosome(s), article 13q14, aléa déficiences ). Je me voyais mal préciser ça aussi dans ma fiche, au vu des détails médicaux du début de son histoire qui peuvent être assez chiants ( mais que je devais mettre quand même ). //paf

Alors... « la paix des rides que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux », c'est une citation du poème Voyelles de Rimbaud. Laël a beau être un prodige ( il ne va pas se qualifier lui-même de prodige, quel que soit le contexte vu son caractère ), il est évident qu'à quatre/cinq ans il ne causera pas comme ça.



En fait, pour le reste, on peut se faire un échange interactif de mps ou sur skype, il se peut que je n'ai pas compris tout ce que tu m'as dit. Ou, du moins, que je l'ai interprété de travers en montant sur mes grands chevaux ( ce qui est très fort possible ) ( j'suis français je confirme ).

Voilà. ~




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Dim 24 Avr - 20:15
Hey !

Je me permet de préciser que, comme toi, il parait que j'ai pas toujours l'air sympa. Pourtant, ne vois aucune animosité dans ma réponse. Tu n'y trouvera qu'un avis.  :hi:

J'ai bien pris connaissance de ce que tu me dis. Mais j'aimerais que tu le précise dans ta fiche. Car je n'ai absolument pas lu qu'il avait eu du mal quelque part. Malgré le fait que tu me précise que son apprentissage était loin d'être parfait, c'est ce que l'on ressent en te lisant. Et une seule phrase perdue dans ton océan de mot n'indique pas grand chose.

A vrai dire, je pense qu'il aurait été plus judicieux de t'étendre sur ces difficultés que sur les termes techniques de sa maladie oculaire qui, visiblement n'est qu'une infime partie de sa vie puisque que tu n'en fais plus référence ensuite en dehors de ses migraines. Malgré tout, il va de soit que c'est à toi de juger quels sont les éléments permettant de mieux appréhender ton personnage, je ne fais que formuler un avis.

Je comprend ce que tu me dis (malgré les trèèèèès nombreuses parenthèses qui ont, je dois l'admettre, parasité ma lecture - no offense, la franchise tout ça... :gniiik: ), et je trouve qu'avec ce que tu m'explique, ton personnage gagne en réalisme. D'où le fait que je te demande de préciser tout ça dans ta fiche. Je suis tatillon, je m'en excuse, mais ça me semble vraiment important puisqu'à priori, les connaissances de Laël font ce qu'il est. Et nous, ce qu'on veut savoir, c'est justement ça. Après, bien évidemment, si tu veux conserver certains éléments pour toi et les développer en RP, libre à toi.

La difficulté d'une fiche aussi longue et technique que la tienne, c'est que tu peux fourrer ce que tu veux dedans si les gens ne comprennent pas. Pour ma part, je n'ai pas pour habitude de dire amen à ce que je ne comprends pas. J'espère que tu ne m'en voudra pas pas pour ça. Je ne suis ni médecin, ni experte en lettre.

Si je ne suis pas assez claire dans ce que je te demande, encore une fois n'hésite pas. Mon skype est à ta disposition également: Kynaeku
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Lun 9 Mai - 16:42
Hey hey !

Décidément, je vais battre le record de la fiche la plus longue à gérer kufufu... ~

Je suis désolé de ce retard, mais j'étais très pris par mes examens ( et d'ailleurs je le suis toujours //bam ) mais voilà, j'ai enfin réussi à bidouiller un truc. Bon, c'est pas du grand art et ça s'accorde pas du tout avec le reste de ma fiche ( en terme de style d'écriture ) mais osef. Voilà. Dans la partie caractère de Laël, j'ai mis un deuxième exemple qui... regroupe sa passion pour les langues et la littérature, ainsi que pas mal des difficultés qu'il a rencontrées. Sorry Xand', je me voyais mal rajouter ça dans l'histoire. //meurt

Je devrais sans doutes me relire parce que j'ai dû faire des fautes de l'enfer, mais je le ferais plus tard. //bam J'suis méchant, je sais. Bref. Voilà. Version 2.0 de la fiche de Laël finie.




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Lun 16 Mai - 18:30


VALIDATION
Bon allez je t'emmerde pas plus !

Bien joué, tu es validé ! Maintenant que tu as ta couleur et ton rang, tu vas pouvoir t'acquitter de tâches administratives ! (Youhou, Ô joie !)

♙ Aller recenser ton avatar ;
♙ Créer ta fiche de relations ;
♙ Demander un rp ;
♙ Demander un logement, mais uniquement si tu penses en avoir besoin pour rp,
♙ Créer ton téléphone et ton Twitter si tu le souhaites ;
♙ Rejoindre un club si tu es lycéen ou étudiant.
♙ Et si tu es un dc, n’oublie surtout pas d’aller l’indiquer ici !

Bon jeu à toi et surtout : HAVE FUN !
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